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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur honoraire de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 21:06

Le faible engagement dans des activités sociales et récréatives constitue un fait bien établi chez les résidants de structures d’hébergement à long terme, en particulier chez ceux qui présentent un vieillissement cérébral/cognitif problématique (voir l’étude internationale menée auprès de 400’000 résidants d’institutions d’hébergement à long terme dans 5 pays ; Schroll et al., 1997).


Différents facteurs ont été associés à l’engagement faible des résidants dans les activités proposées : problèmes moteurs, problèmes de sommeil (voir notre chronique « Les relations réciproques entre troubles du sommeil et activités quotidiennes chez des résidants de structures d’hébergement à long terme »), difficultés cognitives, médication inappropriée, résistance à un langage dévalorisant (voir notre chronique « Améliorer la communication dans les structures d’hébergement des personnes âgées : réduire le parler "mémé" (ou "pépé") ! »), activités par trop routinières, activités non adaptées aux compétences et intérêts des personnes, activités qui ne donnent pas de sens à la vie (non focalisées sur l’aide à autrui ou sur la société), activités culturellement non adaptées, etc.


Parmi ces multiples facteurs (psychologiques, sociaux, culturels, environnementaux), il en est un qui semble jouer un rôle important, à savoir la personnalité des résidants. Ainsi, par exemple, le trait de personnalité d’agréabilité (ou caractère agréable, à savoir une tendance à être compatissant et coopératif plutôt que soupçonneux et compétitif) peut influencer l’engagement des résidants pour certaines activités et certains types d’interactions. Plus spécifiquement, il a été montré qu’une faible agréabilité préexistante était associée à la présence de comportements agressifs chez les personnes « démentes » (Archer et al., 2007 ; Whall et al., 2008), ce qui peut affecter négativement leur implication dans les activités, notamment par une réticence à coopérer avec d’autres.

 

Dans une étude pilote récente, Hill et al. (2010) ont examiné à quel point le fait de tailler sur mesure les activités proposées aux résidants d’une structure d’hébergement à long terme en fonction de leur personnalité et de leur type d’intérêts permettait d’améliorer l’engagement des personnes dans ces activités. Les auteurs ont recueilli des données auprès de 31 personnes, recrutées dans quatre structures d’hébergement à long terme, âgées en moyenne de 82 ans et ayant reçu un diagnostic de « démence » (MMSE de 26 ou moins). Plus spécifiquement, ils ont analysé l’engagement de ces personnes suite à la proposition d’activités personnalisées.

 

La personnalité des personnes était évaluée (via une version courte de l’Inventaire de Personnalité NEO Personality Inventory) par un proche (le plus souvent l’époux ou un enfant) qui avait un contact régulier et durable avec elles et ce depuis au moins 10 ans avant l’établissement du diagnostic de démence. Cette évaluation de la personnalité, et plus particulièrement l’évaluation des dimensions d’extraversion (apprécier les interactions sociales) et d’ouverture (apprécier la nouveauté), a permis de placer chacun des résidants dans une parmi 4 catégories de type d’intérêts, lesquelles décrivent les préférences pour des activités selon deux axes : « groupe versus interaction en tête à tête » et « environnement familier versus nouveau ».

 

Ensuite, chaque résidant a reçu des propositions d’activités taillées sur mesure, en fonction de ses capacités fonctionnelles et physiques, ainsi que de son type d’intérêts. Pour illustration, voici quelques exemples des activités proposées en fonction du type d’intérêts de chaque résidant : Extraversion / Ouverture  : des jeux de table en groupe, chanter des chansons familières en groupe ; Extraversion / Ouverture : groupe de réminiscence, utilisation de cloches colorées pour faire de la musique en groupe ; Extraversion ‑ / Ouverture ‑ : réaliser un nichoir à partir de bois prédécoupé, faire du beurre (battre la crème jusqu’à ce qu’elle tourne en beurre) ; Extraversion  / Ouverture + : écouter de la poésie, décorer des perles et les enfiler de façon créative (pour une description plus détaillée des activités sélectionnées en fonction d’un niveau plus ou moins élevé d’ouverture et d’extraversion, voir Kolanowki, Litaker, & Buettner, 2005 ; Kolanowski & Buetner, 2008).  

 

L’engagement était évalué via l’analyse des enregistrements vidéo des activités auxquelles participaient les résidants et des mesures du temps passé sur les activités, ainsi que du niveau de participation, ont été établies. Les activités étaient implémentées par des personnes n’ayant aucune connaissance des critères de répartition des participants. Les activités étaient proposées pendant 20 minutes chaque jour, pendant 12 jours consécutifs.

 

Les résultats montrent qu’en moyenne les participants participaient aux activités proposées pendant plus de 16 minutes et qu’ils étaient activement engagés dans ces activités. Plus important, aucune différence significative n’a été observée dans le temps passé sur les activités entre les participants avec un haut et un bas niveau d’agréabilité, et ce après avoir pris en compte la sévérité des troubles cognitifs et la dépendance physique.   

 

Cette étude pilote n’est pas sans limite, avec notamment un échantillon assez réduit (et une conclusion basée sur une absence de différence), ainsi qu’un temps maximum de participation limité à 20 minutes (rendant possible la présence d’un effet-plafond). Néanmoins, ce travail est intéressant, notamment dans la méthode utilisée pour proposer à chaque résidant des activités individualisées, sur base de sa personnalité antérieure (ainsi que de ses capacités physiques et cognitives). Globalement, les résultats de cette recherche confirment l’importance qu’il y a à concevoir des activités sociales et récréatives adaptées aux caractéristiques personnelles des résidants (voir également Cohen-Mansfield et al., 2009). Plus spécifiquement, ils indiquent que la dimension plus ou moins élevée d’agréabilité n’influence pas l’engagement dans les activités proposées, quand ces activités sont spécifiquement adaptées à la capacité fonctionnelle et aux dimensions d’ouverture et d’extraversion de chacun des résidants.

 

Dans ce contexte, l’évaluation du mode de fonctionnement antérieur et de la personnalité préexistante des résidants est à même de fournir des informations pouvant très utilement guider le choix des activités proposées aux différents résidants. Cependant, outre la personnalité, il s’agit d’aborder l’ensemble des facteurs (institutionnels, cognitifs, psychologiques, médicamenteux, etc.) qui peuvent contribuer à un engagement limité des résidants dans des activités.

 

Il paraît aussi essentiel de proposer des activités permettant de connecter la personne avec la société et les générations plus jeunes et de lui donner un sentiment d’utilité et de contrôle sur sa vie quotidienne (voir notre chronique « Des relations d’attachement, la possibilité de s’occuper d’autrui, une estime de soi confortée et un sentiment de compétence »). 

 

agreable.jpg

 

Archer, N., Brown, R.G., Reevers, S.J., Boothby, H., Nicholas, H., Foy, C., et al. (2007). Premorbid personality and behavioural and psychological symptoms in probable Alzheimer disease. American Journal of Geriatric Psychiatry, 15, 202-213.

Cohen-Mansfield, J., Dakheel-Ali, M., & Marx, M.S. (2009). Engagement in persons with dementia: The concept and its measurement. American Journal of Geriatric Psychiatry, 17, 299-307.

Hill, N.L., Kolanowski, A., & Kürüm, E., (2010). Agreeableness and activity engagement in nursing home residents with dementia. Journal of Gerontological Nursing, 36, 45-52.

Kolanowski, A., & Buettner, L. (2008). Prescribing activities that engage passive residents. An innovative method. Journal of Gerontological Nursing, 34, 13.18.

Kolanowski, A., Litaker, M., & Buettner, L. (2005). Efficacy of theory-based activities for behavioural symptoms. Nursing Research, 54, 219-228. 

Schroll, M. Jonsson, P.V., Mor, V., Berg, K., & Sherwood, S. (1997). An international study of social engagement among nursing home residents. Age and Ageing, 26 (Suppl.2), 55-59.

Whall, A.L., Colling, K.B., Kolanowski, A., Kim, H., Homg, G.S., DeCicco, B., et al., (2008). Factors associated with aggressive behaviour among nursing home residents with dementia. The Gerontologist, 48, 721-731.

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 20:43

Cette chronique reprend le contenu de la présentation faite le 25 septembre 2010 par M. Van der Linden à Petit-Lancy dans le cadre d'un cycle de conférences co-organisées par l'Association VIVA, l'Association des EMS de Lancy et le Service des affaires sociales de la Ville de Lancy. Signalons que ces conférences se sont tenues dans un lieu d'hébergement à long terme pour personnes âgées et que bon nombre de ces dernières ont assisté à l'exposé, ainsi que leurs proches, des professionnels de santé, des habitants de la commune et des représentants d'associations ou des autorités cantonales de la Santé.

 

De plus en plus de voix plaident pour un changement de culture dans les structures d’hébergement à long terme (établissements médico-sociaux; EMS) des personnes âgées : il s’agit de passer d’une pratique qui se focalise sur la sécurité, l’uniformité et les questions médicales, à une approche dirigée vers le résidant en tant que personne et vers la promotion de son autonomie, de son bien-être et de sa qualité de vie (voir notre chronique "Les structures d'hébergement à long terme des personnes âgées : la nécessité d'un changement de culture").


Plusieurs principes peuvent être à la base d’un tel changement. En particulier, des études ont montré l’importance capitale du réseau social, de l’attachement à des personnes privilégiées, du sentiment d’être reconnu en tant que personne et de la possibilité de s’occuper d’autrui pour la qualité de vie et la santé des personnes âgées en EMS (voir notamment la chronique "Des relations d'attachement...").

 

Il paraît ainsi essentiel de mettre en place un cadre général d’analyse et d’intervention (Cook & Clarke, 2010), afin de susciter davantage d’interactions sociales, tout en respectant les moments de solitude et de retrait dont les personnes ont aussi besoin. Il est également important de modifier le type de langage trop souvent adopté vis-à-vis des personnes âgées : un langage « pépé ou mémé », qui induit dépendance, baisse de l’estime de soi, dépression et résistance aux soins (voir notre chronique "Améliorer la communication...").


Il s’agit encore de faire en sorte que les personnes âgées en institution gardent un sentiment de contrôle et de responsabilité sur les événements quotidiens, ce qui implique notamment de réfléchir aux questions de la prise de risques et du rôle des résidants dans les décisions (voir les chroniques " Démence et risque : les territoires contestés de la vie quotidienne" et "Des études anciennes, mais qui gardent toute leur pertinence... L'importance du sentiment de contrôle de son existence"). La personne âgée doit également préserver un sentiment d'identité et de continuité : des séances dans lesquelles elle passe sa vie en revue et élabore un livre de vie peuvent y contribuer (voir la chronique "Passer en revue sa vie passée et établir un livre de vie..." ).


Un autre facteur important concerne la réalisation d’activités qui ont un sens pour la personne, qui lui procurent un sentiment d’utilité, qui lui permettent d’apporter son aide à d’autres : ceci suppose, notamment, la mise en place de connexions directes avec la société et l’intégration plus importante des personnes âgées dans le fonctionnement quotidien de la structure d’hébergement. Il faut être attentif au fait que l’apathie ou le non engagement des personnes âgées dans des activités peut découler de facteurs physiologiques dont l’importance est souvent négligée : c’est le cas notamment des troubles du sommeil (chronique "Les relations réciproques entre troubles du sommeil et activités de vie quotidienne"). Pour  les pallier, il existe des interventions psychologiques permettant d'améliorer efficacement le sommeil, le recours aux benzodiazépines devant être évité au maximum du fait qu'ils aggravent les problèmes cognitifs et provoquent des chutes et des idées délirantes.


Enfin, il faut considérer la question des personnes qui vivent en institution et qui présentent des difficultés cognitives et compotementales importantes. De manière générale, il s’agit de passer d'interprétations biomédicales à des interprétations qui prennent en compte la signification psychologique des difficultés. Il importe également d’éviter le langage médical qui « pathologise » et stigmatise. Plus spécifiquement, il est indispensable de concevoir des interventions (non pharmacologiques) individualisées, taillées sur mesure en fonction des besoins, des aspirations et des difficultés spécifiques de chaque personne. Par exemple, il faudrait envisager la toilette et le bain, souvent sources d'agitation, d'inconfort ou d'agressivité, en prenant d'abord en compte les souhaits et les habitudes des personnes, plutôt que les exigences de la tâche. Diverses dimensions du bain ou de la toilette doivent ainsi être analysées : les techniques et le matériel de toilette, l'environnement de bain, les activités durant le bain, et aussi les attitudes, les besoins du personnel (Cohen-Mansfield & Parpura-Gil, 2007). Il faut noter que les médicaments psychotropes sont peu efficaces pour les problèmes de comportement et qu'ils ont des effets indésirables importants, tels que accidents vasculaires cérébraux, chutes et augmentation de la mortalité. En 2008, le groupe parlementaire britannique sur la démence (All-Party Parliamentary Group on Dementia) a conclu que « La prescription généralisée de médicaments antipsychotiques aux personnes présentant une démence constitue une atteinte aux droits de l'homme et le temps d'agir est maintenant venu.»


Enfin, diverses techniques aisément applicables au quotidien peuvent être utilisées pour optimiser la mémoire ou l’attention des personnes âgées (par exemple, la technique de récupération espacée, visant à améliorer l’acquisition en mémoire de nouvelles informations, comme le nom d’un nouveau membre du personnel).

 

De façon générale, des activités qui ont un sens, la possibilité d'aider autrui, une vie sociale active et engagée, le maintien d'un sentiment d'identité et de continuité, un sentiment de contrôle et de responsabilité sur son existence, la réduction  du stress et de l'anxiété, un bon sommeil, des interventions et des soins taillés sur mesure, la diminution du recours à certains médicaments et une activité physique régulière favoriseront une bonne qualité de vie.  

 

En cliquant ici, vous pouvez accéder aux diapositives présentées.

 

conf_martial.jpg©VIVA 2010

 

Cohen-Mansfield, J., & Parpura-Gil, A. (2007). Bathing : A framework for intervention focusing on psychosocial, architectural and human factors considerations. Archives of Gerontology and Geriatrics, 45,  121-135.

Cook, G., Clarke, C. (2010). A framework to support social interventions in care homes. Nursing Older People, 22(3), 16-21.


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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 10:00

 

Le soutien social et les interactions sociales influencent de façon fondamentale la qualité de vie des personnes âgées résidant dans une structure d’hébergement à long terme (voir notre chronique « Des relations d’attachement, la possibilité de s’occuper d’autrui, une estime de soi confrontée et un sentiment de compétence : des éléments fondamentaux pour la qualité de vie des personnes âgées vivant dans une structure d’hébergement à long terme »).

Cependant, il apparaît que, trop souvent, ces structures ne répondent pas réellement aux besoins de soutien social des personnes âgées. Par ailleurs, l’analyse de la communication dans les structures d’hébergement révèle une relative absence de conversation, une conversation principalement orientée vers la tâche en cours et un langage qui encourage la dépendance. On observe ainsi assez fréquemment la mise en place d’un style de communication qui a été appelé le parler « personnes âgées » ou le parler condescendant.  

En utilisant ce type de parler, les membres du personnel peuvent, sans réellement en prendre conscience, renforcer la dépendance et favoriser l’isolement ainsi que la dépression chez les résidants, ce qui contribue à une spirale de déclin physique, cognitif et fonctionnel. Il a également été montré que le parler « personnes âgées » était significativement associé à la résistance aux soins chez les personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique ou une « démence » (Williams et al., 2009).

Ce parler « personnes âgées » se caractérise par un rythme plus lent, une intonation exagérée, un ton de voix de hauteur élevée, un volume plus fort, de nombreuses répétitions, un vocabulaire et une grammaire simplifiés, l’utilisation de diminutifs (« mémé », « papy »…), la présence de petites questions ajoutées à la fin d'une phrase («…, n’est-ce pas ? »), l’utilisation de pronoms collectifs (« on est prêt pour notre bain ») ou encore l’adoption du tutoiement (Caporael, 1981).

 

Ces modifications du langage découlent en grande partie des stéréotypes sur le vieillissement, qui amènent à considérer les personnes âgées comme moins compétentes dans la communication. Ce langage « personnes âgées » va en retour conduire chez ces personnes à une réduction de l’estime de soi, au retrait social, à la dépression et à une propension aux comportements de dépendance congruents aux stéréotypes.

 

Il a cependant été montré que la modification de la prosodie, les phrases plus courtes et un ralentissement de la parole ne suscitaient pas une meilleure compréhension de la part des personnes âgées, mais que ces changements étaient perçus négativement par elles (Kemper & Harden, 1999). Ceci ne veut pas dire que des aménagements de la communication ne peuvent pas être envisagés, en particulier dans les interactions avec les personnes âgées qui présentent un vieillissement cérébral/cognitif problématique, mais ces aménagements devraient être conçus en ayant constamment à l’esprit le respect de la personne et de son autonomie.

 

communication.jpg

Williams et al. (2003) ont évalué l’efficacité d’un bref programme (3 séances d’une heure) visant à accroître auprès d’aides soignants qualifiés leur prise de conscience des changements qu’ils adoptent dans la communication avec les personnes âgées (et notamment l’utilisation du parler « personnes âgées »). Il s’agissait aussi d’informer ces personnes sur les stratégies permettant d’augmenter la communication.

Des enregistrements audio des interactions entre les aides soignants et les personnes âgées ont été réalisés avant et après l’entraînement.

 

Le programme était constitué de très brefs exposés, de discussions en groupe et de jeux de rôle visant à pratiquer des manières différentes d’interagir. Un élément important de ce programme était la présentation d’enregistrements vidéo d’interactions réelles au sein d’une structure d’hébergement et d’interactions simulées par des comédiennes. Les participants étaient invités à critiquer les interactions visionnées  et à les reproduire en appliquant des stratégies plus adaptées. Ils visionnaient également des extraits de leurs propres conversations avec les résidents, afin de pouvoir évaluer leur propre communication. 

Les résultats obtenus montrent des changements significatifs après l’entraînement dans différentes dimensions de la communication : réduction des diminutifs et des pronoms collectifs, augmentation de la longueur de phrases, accroissement du respect et réduction du contrôle et de la domination (ces dernières dimensions de la communication étant évaluées par un petit groupe d’évaluateurs, sur base d’extraits sélectionnés aléatoirement dans les enregistrements effectués avant et après l’entraînement). Aucune évaluation formelle de la réaction des résidents n’a été réalisée, mais certains comptes-rendus ponctuels indiquent que les résidents ont pris conscience des changements dans le langage des aides soignants.

 

Ces données montrent qu’un bref programme de sensibilisation et d’apprentissage peut conduire à modifier le parler « personnes âgées » chez des membres du personnel de structures d’hébergement à long terme. Des études ultérieures devraient être menées, afin notamment d’examiner le maintien à long terme de ces changements, les effets sur les plans cognitif et affectif auprès des résidents, sur l’implication de ces derniers dans la communication, ainsi que l’impact sur la résistance aux soins, en particulier chez les personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique.

 

Caporael, L. (1981). The paralanguage of caregiving: Baby talk to the institutionalized aged. Journal of Personality and Social Psychology, 40, 876-884.

Kemper, S., & Harden, T. (1999). Experimentally disentangling what’s beneficial about elderspeak from what’s not. Psychology and Aging, 14, 656-670.

Williams, K.N., Herman, R., Gajewski, B., & Wilson, K. (2009). Elderspeak communication: Impact on dementia care. Alzheimer’s Disease & Other Dementias, 24, 11-20.

Williams, K., Kemper, S., & Hummert, M.L. (2003). Improving nursing home communication: An intervention to reduce elderspeak. The Gerontologist, 43, 242-247.

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 23:21

La transition entre la vie à domicile et la vie dans une structure d’hébergement à long terme constitue un événement qui a une énorme signification pour la personne âgée, et notamment pour la personne âgée qui présente un vieillissement problématique. On connaît cependant encore peu de choses sur les conséquences psychologiques de cette transition.

 

Wilson et al. (2007) ont réalisé une étude afin d’explorer l’impact d’un tel changement sur le fonctionnement cognitif de personnes ayant reçu précédemment le diagnostic de maladie d’Alzheimer. Ils ont également examiné dans quelle mesure le fait d’avoir bénéficié préalablement des services d’un centre de jour, quelques fois par semaine, pouvait moduler l’impact de l’entrée en institution sur le fonctionnement cognitif.

 

Les auteurs ont évalué le fonctionnement cognitif de 432 personnes âgées  (âge moyen de 80.3 ans) pendant une durée de 4 ans (à des intervalles de 6 mois). Lors de l’évaluation initiale, ces personnes vivaient dans la communauté (à domicile), avaient toutes reçu le diagnostic de « maladie d’Alzheimer » et utilisaient les services d’un centre de jour en moyenne 1.7 fois par semaine. Les évaluations cognitives (au nombre moyen de 4.7 par personne) comportaient 9 tests évaluant différents aspects du fonctionnement cognitif (mémoire épisodique, mémoire de travail, langage, raisonnement, etc.) : à partir des résultats à ces différents tests, un score composite de cognition globale était établi. Afin de pouvoir identifier l’entrée dans une institution, une personne proche était interrogée directement ou par téléphone tous les 3 mois.

 

Les résultats montrent que, en moyenne, la cognition a progressivement décliné durant la période d’évaluation. Cependant, l’entrée dans une structure d’hébergement à long terme a conduit à une diminution du fonctionnement cognitif et à une accélération de la vitesse du déclin cognitif. Cette association entre entrée en institution et impact négatif sur le fonctionnement et le déclin cognitifs subsistait quand étaient prises en compte l’influence possible de l’humeur dépressive, la présence d’hallucinations et l’existence d’un handicap physique au moment de l’entrée (3 facteurs indicateurs de l’importance du vieillissement problématique et dont il a été montré qu’ils étaient associés au placement en institution, au déclin cognitif et au décès).

 

Par ailleurs, l’utilisation préalable plus élevée des services d’un centre de jour atténuait l’impact du placement en institution sur le fonctionnement et le déclin cognitifs. Enfin, un nombre plus élevé d’années d’étude était associé à une augmentation importante de la vitesse du déclin cognitif consécutive au placement, mais cette association avec le niveau de scolarité était très atténuée chez les personnes qui avaient beaucoup utilisé les services d’un centre de jour (3,5 jours par semaine).

 

En conclusion, une entrée en institution semble être associée à une accélération du déclin cognitif chez les personnes présentant un vieillissement problématique, accélération plus importante encore chez les personnes avec un haut niveau scolaire. Par ailleurs, il apparaît qu’avoir été préalablement dans un centre de jour aide la personne à faire la transition entre le domicile et l’institution (et c’est particulièrement vrai des personnes avec un niveau scolaire plus élevé).

 

L’aggravation des déficits cognitifs et l’accélération de la vitesse du déclin cognitif peuvent globalement traduire la difficulté des personnes à s’adapter à un environnement non familier : on sait d’ailleurs que des hospitalisations aigües ou des séjours en dehors du domicile peuvent provoquer des problèmes confusionnels et des problèmes comportementaux.

 

Cependant, les mécanismes psychologiques impliqués dans cet impact négatif de l’entrée en institution sur la cognition sont loin d’être identifiés. Il en va de même pour l’influence négative du niveau plus élevé de scolarité, ainsi que l’effet protecteur de l’assistance préalable à un centre de jour (effet surtout important pour les personnes à plus haut niveau scolaire). Ainsi, notamment, il se pourrait que les personnes âgées (ou leurs familles) qui ont utilisé les services d'un centre de jour et celles qui ne l'ont pas fait (ou moins souvent) diffèrent sur l'une ou l'autre dimension (non contrôlée). Cependant, il est également possible que le centre de jour, en tant que tel, ait eu une fonction adaptative et/ou que les activités menées au sein de ce centre aient permis aux personnes d'acquérir certaines capacités qui ont facilité leur intégration dans l'institution.

 

Il est impératif d’explorer plus avant ces questions afin, d’une part, de vérifier que l’entrée en institution est bien un facteur causal de l’aggravation de l’état cognitif des personnes et, d’autre part, de tenter de mieux comprendre la nature de cette association, afin d’identifier les moyens à mettre en œuvre, avant et au moment de l’entrée en institution, pour réduire l’impact négatif de cet événement. 

 

De façon générale, on peut imaginer qu’un changement de culture dans les structures d’hébergements à long terme, conduisant à une approche davantage centrée sur la personne, ses aspirations spécifiques et sa qualité de vie (voir, par ex., notre chronique  « Les structures d’hébergement à long terme des personnes âgées : la nécessité d’un changement de culture »), devrait être bénéfique, mais il est important de le démontrer empiriquement. Notons enfin que la recherche de Wilson et al. s’est uniquement penchée sur l’effet à court terme de l’entrée en institution et qu’il s’agirait aussi d’explorer les effets à plus long terme.  

 

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Wilson, R.S., McCann, J. J., Li, Y., Aggarwal, N.T., Gilley, D.W., & Evans, D.A. (2007). Nursing home placement, day care use, and cognitive decline in Alzheimer’s disease (2007). American Journal of Psychiatry, 164, 910-915.

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 23:50

De plus en plus de personnes (voir, par ex., notre chronique « Les structures d’hébergement à long terme des personnes âgées : la nécessité d’un changement de culture ») plaident pour un changement de culture dans les pratiques de soin, d’accompagnement et d’hébergement des personnes âgées présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique (une « démence »). De façon générale, il s’agit de passer d’une philosophie et d’une pratique qui se focalisent sur la sécurité, l’uniformité et les questions médicales, à une approche dirigée vers la personne, ainsi que la promotion de sa santé (psychologique et physique) et de sa qualité de vie.

Un des éléments de ce changement de culture est de faire en sorte que les personnes âgées puissent garder un sentiment de contrôle et de responsabilité sur les événements quotidiens. Par ailleurs, les personnes doivent pouvoir conserver ou établir des connexions directes avec la société. Les modifications de pratique qui découlent d’une telle approche peuvent engendrer un certain nombre de risques, mais il faut considérer que la prise de risque fait intégralement partie de la vie.

Dans un article récent, Clarke et al. (2010) ont tenté de mieux comprendre la question du risque, du point de vue des personnes âgées « démentes » elles-mêmes, des proches aidants et des soignants. Pour ce faire, ils ont interrogé 55 personnes âgées (vivant dans la communauté ou dans une structure d’hébergement à long terme), ainsi que leurs proches aidants et soignants.

 

L’analyse des entretiens montre comment différents aspects de la vie quotidienne deviennent des territoires, dans lesquels la place de la « démence » et de la personne avec « démence » est contestée.

Les auteurs se focalisent sur 5 de ces territoires contestés : les relations d’amitié, le tabac, les sorties (à pied ou en voiture), les activités domestiques (faire des achats, cuisiner, etc.) et les activités de loisirs ou occupationnelles. Ils montrent comment, à partir de ces territoires contestés, se développe une dynamique complexe impliquant la personne « démente », le proche aidant et le soignant, qui va aboutir de façon variable à amplifier ou réduire la construction du risque, et influer ainsi sur son évaluation et sa gestion. C’est aussi à travers ces territoires contestés que s’exprime la dynamique des changements relationnels au sein de la famille.

D'autre part, ces territoires contestés sont des lieux privilégiés à partir desquels émergent quatre buts fondamentaux des personnes « démentes » : donner du sens à sa vie, maintenir un sentiment d’identité, revendiquer (ou renoncer) à la prise de décision et avoir des buts dans sa vie. 

 

Ces données qualitatives montrent en quoi l’évaluation des risques nécessite de prendre en compte différents points de vue, et en particulier celui de la personne avec « démence ».

 

Par ailleurs, une évaluation explicite des territoires contestés de la vie quotidienne devrait être menée dans la pratique clinique, car ces territoires permettent de mieux comprendre comment les personnes avec « démence » donnent du sens à leur situation, tentent de maintenir leur identité et cherchent à négocier leurs possibilités de prise de décision. Il s’agit aussi de lieux privilégiés permettant d’explorer la dynamique familiale et, plus largement, la dynamique des relations entre personne « démente », proches aidants et soignants.

Enfin, il importe également d’aider les personnes « démentes » dans les activités de la vie quotidienne, en considérant que ces activités permettent  de promouvoir le sentiment d’identité, d’apporter des buts dans la vie et, ainsi, de lui donner un sens et d’ajuster la prise de décision.         

 

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Clarke, C.L., Keady, J., Wilkinson, H., Gibb, C.E., Luce, A., Cook, A., & Williams, L. (2000). Dementia and risk: contested territories of everyday life. Journal of Nursing and Healthcare of Chronic Illness, 2, 1

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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 23:08

L’apathie (ou réduction des comportements dirigés vers un but) est devenue un concept très utilisé dans le domaine du vieillissement cérébral/cognitif. Il apparaît cependant que l’apathie est sous-tendue par de multiples facteurs (notamment psychologiques, relationnels et environnementaux) et qu’il faut résister à l’attribuer automatiquement aux atteintes cérébrales liées à une soi-disant « maladie » (d’Alzheimer ou autre). Nous reviendrons sur cette question dans une chronique future.

 

Une étude récente (Garms-Homolovà et al., 2010) a montré l’importance qu’il y a à prendre en compte les relations réciproques entre les troubles du sommeil et les activités dans la vie quotidienne chez les personnes âgées résidant en institution. Les troubles du sommeil sont très fréquents chez les personnes âgées résidant en institution à long terme et ils sont même plus importants que ceux observés chez les personnes âgées vivant chez elles. Plusieurs causes à ce phénomène ont été postulées, telles qu’un environnement bruyant, trop de lumière pendant la nuit, une lumière inadéquate pendant la journée, le manque de stimulation ou encore une journée mal structurée. Par ailleurs, il a été montré que les troubles du sommeil peuvent affecter les activités des personnes âgées, ainsi que leur fonctionnement cognitif et physique.

 

Dans ce contexte, Garms-Homolovà et al. (2010) ont entrepris une étude visant à explorer les relations entre les troubles du sommeil et la réalisation d’activités auprès de 2’577 personnes âgées  (âge moyen de 79.99 ans) résidant dans des structures d’hébergement à long terme en Allemagne. Les résidents présentaient en moyenne 4,8 maladies ; 9.7% avaient reçu le diagnostic de maladie d’Alzheimer, 52.7% un diagnostic correspondant à une autre « démence » et 19.4% le diagnostic de dépression. 

 

Les résultats ont mis en évidence que 37.3% des personnes souffraient d’insomnie et 29.6% de sommeil agité, avec fatigue le matin. Par ailleurs, les troubles du sommeil étaient significativement associés à des problèmes de communication et à de faibles niveaux d’engagement social et d’activité auto-initiée (surtout chez les personnes avec sommeil agité et fatigue le matin), ainsi qu’à plus de conflits interpersonnels.

 

En outre, une activation par les ergothérapeutes et/ou physiothérapeutes n’était proposée que de façon irrégulière ou pas du tout aux résidents qui présentaient des troubles du sommeil, alors que les deux types d’activation étaient plus fréquemment  administrés aux résidents sans troubles du sommeil. Par contre, de hauts niveaux d’activité auto-initiée et d’engagement social étaient associés à une activation régulière par les ergothérapeutes et physiothérapeutes. A l’inverse, les personnes qui avaient les scores les plus faibles à l’échelle d’engagement social ne recevaient les deux types d’activation que très rarement, voire pas du tout. Les personnes avec troubles du sommeil étaient également celles qui demandaient le plus des changements dans les activités proposées (quantitativement et au niveau du type d’activités).

 

Chez les personnes avec troubles du sommeil (de type sommeil agité avec fatigue le matin), les conflits menaient à un plus haut niveau de dépression et à moins de traitements proposés par les physiothérapeutes. Enfin, une augmentation de la dépression et des troubles cognitifs s’accompagnait d’un accroissement des troubles du sommeil et d’une diminution dans les capacités de communication.

 

En conclusion, il apparaît que de faibles niveaux d’activité auto-initiée et d’engagement social sont partiellement le résultat de troubles du sommeil et que des niveaux bas d’activité et d’engagement social renforcent les troubles du sommeil.

 

Ces résultats montrent donc l’importance qu’il y a à promouvoir des activités auprès des personnes qui n’y participent pas et à mettre en place des interventions (non-pharmacologiques) permettant d’améliorer la qualité du sommeil. Ces interventions sont d’autant plus importantes que les troubles du sommeil constituent chez les personnes âgées un facteur de risque pour les chutes, pour diverses maladies physiques et pour les troubles cognitifs.

 

Dans cette perspective, il est particulièrement intéressant de relever ce que Flick et al. (2010) ont montré, via une étude qualitative menée auprès de 32 membres du personnel de soin, à savoir que les troubles du sommeil n’étaient pas considérés par ces derniers comme une question importante. Ils ne croyaient pas non plus que leur compétence professionnelle pouvait influer sur ces difficultés. Le sommeil excessif durant la journée et l’absence de sommeil étaient jugés comme étant de la responsabilité des résidents. Les entretiens révélaient rarement la détermination des professionnels d’offrir une occupation stimulante et intéressante aux résidents. L’inactivité était considérée comme une habitude installée depuis longtemps, voire même comme un privilège, après une vie de dur labeur. Beaucoup des professionnels interrogés acceptaient que les résidents passent une grande partie de la journée au lit et/ou hésitaient à impliquer certaines personnes âgées dans des activités en postulant qu’elles n’étaient pas enthousiastes et préféraient plutôt rester seules. Globalement, peu de professionnels disposaient de connaissances concernant l’influence de l’organisation de la journée sur la qualité du sommeil des résidents.

 

Cette étude n’est bien sûr en rien représentative, mais elle indique néanmoins l’importance qu’il y a à ce que les membres du personnel de soin disposent des connaissances nécessaires sur le sommeil, mais aussi qu’ils puissent bénéficier de programmes permettant de faciliter la communication et la participation aux activités chez les personnes passives ou réticentes, ainsi que de modifier certaines des croyances erronées qu’ils ont développées à propos des résidents.

 

Néanmoins, dans ce domaine comme dans d’autres, il importe d’analyser avec soin les caractéristiques et besoins de chaque personne âgée et de ne pas tomber dans un activisme systématique ou de proposer un niveau d’engagement social qui ne correspond pas au souhait des personnes âgées. Des moments d’inactivité et de solitude sont légitimes, et même parfois indispensables, pour réduire le stress et la tension ou pour s’accorder des moments de réflexion (à caractère nostalgique, spirituel, de reviviscence, etc.). 

 

sommeil et activite


 

Flick, U., Garms-Homolovà, V., & Röhnsch, G. (2010). ‘"When they sleep, they sleep". Daytime activities and sleep disorders in nursing homes. Journal of Health Psychology, 15, 755-764.

Garms-Homolovà, V., Flick, U., & Röhnsch, G. (2010). Sleep disorders and activities in long term care facilities: a vicious cycle? Journal of Health Psychology, 15, 744-754.

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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 23:57

 

 

Une étude récente (Elseviers et al., 2010) a été menée en Belgique afin d’examiner la consommation de médicaments auprès de 2510 résidents choisis aléatoirement dans 76 structures d’hébergement et de soin à long terme pour personnes âgées (sélectionnées au hasard parmi des structures d’hébergement ayant au moins 30 lits, y compris des lits de soins intensifs). Ces structures accueillent des personnes âgées plus ou moins dépendantes, présentant ou non une « démence ».

 

Les résidents inclus avaient un âge moyen de 85 ans et 77 % étaient des femmes. Ils présentaient un nombre médian de deux problèmes cliniques (étendue de 0 à 10), les problèmes les plus fréquents étant l’hypertension (54%), l’insuffisance cardiaque (32%) et l’ulcère peptique (25%). Ils présentaient également un nombre médian de 3 problèmes nécessitant des soins (étendue 0-10), les plus fréquents étant le risque de chute (45%), l’insomnie (44%), la constipation (42%), l’incontinence (36%) et la douleur chronique (35%). De plus, 48% des résidents avaient reçu, via le médecin généraliste référant, un diagnostic de « démence » et 36% un diagnostic de dépression (16% avaient reçu un diagnostic de « démence » et de dépression). Enfin, 14% des résidents avaient un diagnostic fatal, et 9% recevaient des soins palliatifs (3% dans la phase terminale).

 

Les résultats montrent que les personnes examinées avaient en moyenne une prescription de 8,4 médicaments : seul 1 % d’entre elles n’avaient aucune médication alors qu’un tiers des résidents avaient au moins 10 lignes de médicaments notées dans leur dossier. La plupart des médicaments (88%) étaient destinés à un traitement chronique, les plus fréquents étant les benzodiazépines (61%), les antidépresseurs (50%) et les laxatifs (50%).

 

On constate un pic de consommation autour de 70 ans et une diminution par la suite. En outre, on relève une diminution marquée de prescriptions chez les personnes ayant reçu le diagnostic de « démence », en particulier pour les antalgiques. Un diagnostic de dépression conduit, quant à lui, à un accroissement des traitements médicamenteux chroniques.

 

Ces données montrent le haut niveau de consommation de médicaments chez les personnes âgées résidant dans des structures d’hébergement et de soin à long terme, confirmant ce qui a également été rapporté aux Etats-Unis, au Canada, en Suède et en Autriche (voir les références dans Elseviers et al., 2010) avec, en particulier, une consommation élevée de médicaments psychotropes.

 

Même si, évidemment, les structures d’hébergement et de soin à long terme accueillent des personnes âgées ayant souvent de nombreux problèmes de santé, qui nécessitent un niveau élevé de traitement médicamenteux, les résultats obtenus par Elseviers et al. soulèvent de nombreuses questions.

 

D’une part, et de façon générale, on peut se demander dans quelle mesure il y a une réelle prise en compte des effets d’interactions entre médicaments, ainsi que des possibles réactions indésirables à certains d’entre eux. Par ailleurs, il est indéniable qu’une part de cette consommation médicamenteuse élevée est certainement liée à des prescriptions inadéquates, par exemple quant on voit le taux élevé de prescription de benzodiazépines. On peut ainsi s’interroger sur les effets de la consommation de benzodiazépines, par exemple, sur le fonctionnement cognitif, le risque de chute ou encore le risque de délire. Par ailleurs, la consommation élevée d’antidépresseurs peut difficilement se justifier en regard des données empiriques montrant que leur efficacité est des plus réduite (voir notre chronique « L’efficacité des antidépresseurs : Un autre mythe à démonter ! »). D’autre part, la réduction de prescriptions médicamenteuses chez les personnes ayant reçu le diagnostic de « démence » soulève également des questions relatives au fait qu’un traitement utile au bien-être de la personne pourrait ne pas lui être administré, comme par exemple un antalgique.

 

On voit là les dérives d’une approche essentiellement médicale de l’hébergement et du soin à long terme chez la personne âgée et la nécessité d’un changement de culture. De façon générale, il s’agirait de passer d’une philosophie et d’une pratique qui se focalisent sur la sécurité, l’uniformité et les questions médicales à une approche dirigée vers le résident, la promotion de sa santé (psychologique et physique) et de sa qualité de vie, en donnant toute leur place aux interventions non pharmacologiques (taillées sur mesure en fonction des caractéristiques de chaque personne) et en installant un système de contrôle rigoureux de la qualité et de la pertinence des prescriptions médicamenteuses (voir notre chronique « Les structures d’hébergement à long terme des personnes âgées : la nécessité d’un changement de culture »).

 

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Elseviers, M.M., Vander Stichele, R.R., & Van Bortel, L. (2010). Drug utilization in Belgian nursing homes: impact of resident’s and institutional characteristics. Pharmacoepidemiology and Drug Safety, à paraître.

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 09:48

Dans une chronique précédente ( « TimeSlips : le pouvoir de l’expression créative et des récits »), nous avons présenté la méthode TimeSlips qui donne l’occasion à des personnes âgées avec troubles cognitifs de produire un récit à partir d’images ambiguës et ce dans le contexte de relations intergénérationnelles.

Vous pouvez accéder en cliquant sur l'image suivante (reprise du site de Peter Whitehouse et Daniel George) à un petit film d’animation réalisé par un des étudiants en médecine de Daniel George à Penn University sur base d’un récit créé par des personnes âgées vivant en institution.

 

video_timeslips.JPG

N.B.: Ce récit a été produit par les résidents après que les étudiants leur ont présenté l'image suivante, qui fait partie du matériel développé dans le cadre de le méthode TimeSlips.

 

chasseur.JPG

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 12:54

TimeSlips (www.timeslips.org) est une méthode développée par une professeure d'Art dramatique à l'Université de Wisconsin, Anne Basting, par laquelle des bénévoles, jeunes et âgés, animent des séances hebdomadaires de production d’histoires, en fournissant ainsi aux personnes âgées avec troubles cognitifs l’opportunité de laisser libre cours à leur instinct narratif et créatif et de s’insérer dans une communauté multigénérationnelle : on leur présente des images ambiguës et on les encourage à produire un récit à partir de ces images. Des personnes facilitatrices encouragent le processus, notamment en posant des questions ouvertes et en insistant sur le fait qu’il n’y a pas de réponses incorrectes. Toutes les productions sont régulièrement retranscrites, y compris les productions sans signification apparente, pour être incorporées dans un poème en prose. Par ailleurs, les personnes facilitatrices relisent régulièrement l'histoire déjà racontée par le groupe et font également en fin de séance la lecture de la production finale. Cette méthode encourage l’imagination, plutôt que d’imposer une charge sur la mémoire. De plus, la fantaisie et la créativité qui émergent au fil des sessions enlèvent aux participants la pression de parler et d’agir de manière rationnelle, cohérente et mettent en avant leurs capacités préservées et leur potentiel créatif. 

 

Une étude récente menée par Fritsch et al. (2009) fournit les premières données empiriques concernant les bénéfices tirés de l’application de cette méthode à un groupe de personnes âgées avec troubles cognitifs (« démence ») et vivant en institution. La méthode a été appliquée dans 10 institutions, sélectionnées aléatoirement parmi 20. Elle impliquait des groupes de 10 à 12 personnes âgées et comportait une séance d’une heure par semaine pendant 10 semaines. Deux semaines après l’implantation du programme, une observation directe des résidents et des membres du personnel (dans les 10 institutions qui ont reçu le programme et dans les 10 institutions de contrôle) a été menée durant 4 jours, en utilisant une méthode de mesure par intervalles de temps, consistant à enregistrer le comportement durant des intervalles de temps de 10 minutes. On observait alors les interactions entre les résidents et les membres du personnel, ainsi que l’engagement et les affects des résidents dans les espaces publics. 

 

Les résultats montrent que les personnes qui ont bénéficié du programme sont significativement plus engagées dans des interactions sociales que les autres ; elles sont également plus attentives. En outre, dans les institutions ayant appliqué le programme, on constate des interactions plus fréquentes entre les résidents et les membres du personnel et, par ailleurs, les membres du personnel de ces institutions ont une vision plus positive des résidents et les dévaluent moins souvent que les membres du personnel des institutions de contrôle.

 

Un résultat quelque peu inattendu est que les personnes âgées ayant été soumises au programme TimeSlips présentent plus d’émotions négatives (tristesse, peur, anxiété) et de « problèmes » comportementaux (agressivité, comportement répétitif, etc.) que les personnes de contrôle, même si l’ampleur de cette différence est relativement petite. De plus, les personnes de contrôle ont plus fréquemment des évaluations d’états « sans affect » (neutres). Les auteurs interprètent ces données en suggérant que la méthode TimeSlips encourage plus d’engagement social, ce qui peut induire une palette d’émotions et de comportements plus vaste. 


Cette première étude a donc fourni des résultats encourageants. Cependant, des recherches ultérieures s’imposent, notamment afin d’examiner les changements avec le temps (en effet, cette étude n’a pas effectué d’évaluation avant l’installation du programme), d’explorer les mécanismes par lesquels les effets bénéfiques sont produits et aussi d’évaluer les possibles effets négatifs de ce programme.


Fritsch, Th., Kwak, J., Grant, S., Lang, J., Montgomery, R.R., & Basting, A.D. (2009). Impact of TimeSlips, a creative expression intervention program, on nursing home residents with dementia and their caregivers. The Gerontologist, 49, 117-127.

TimeSlips2.jpgTimeslips 3

 

Exemple d'image utilisée dans la méthode TimeSlips et photographie d'une séance de TimeSlips animée par des étudiants du Penn State College of Medicine dans un établissement de Hersheys (Pennsylvanie). Les résidents regardent des images et sont invités à raconter l'histoire qu'elles évoquent pour eux. Toutes les productions sont alors retranscrites sur de grandes feuilles de papier et re-racontées aux participants (photographies publiées avec l'aimable permission de Danny George ; un diaporama de ces séances peut être visualisé sur l'article qu'il consacre à ce sujet sur le blog de "The myth of Alzheimer's").

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 17:33

White-Chu et al. (2009) ont récemment présenté les éléments essentiels qui devraient conduire à un changement de culture dans les structures d’hébergement à long terme des personnes âgées. De façon générale, il s’agit de passer d’une philosophie et d’une pratique qui se focalisent sur la sécurité, l’uniformité et les questions médicales à une approche dirigée vers le résident, la promotion de sa santé (psychologique et physique) et de sa qualité de vie, en accordant une importance particulière aux relations entre les résidents et le personnel soignant. Les auteurs mentionnent différentes initiatives aux Etats-Unis comme, par exemple, l’Eden Alternative (lien), qui se donne pour objectif de transformer l’habitat des personnes âgées en respectant 10 principes :

1.    Les trois fléaux que sont la solitude, le sentiment d’impuissance et l’ennui constituent l’essentiel de ce qui contribue à la souffrance des personnes âgées.

2.    Une communauté centrée sur la personne âgée s’engage à créer un habitat humain dans lequel la vie tourne autour de contacts proches et continus avec les plantes, les animaux et les enfants. Ce sont ces relations qui fournissent, tant aux jeunes qu’aux âgés, une voie vers une raison de vivre. 

3.    Une compagnie affectueuse est l’antidote à la solitude. Les personnes âgées méritent d’avoir un accès aisé à la compagnie d’autres personnes et d’animaux.

4.    Une communauté centrée sur la personne âgée offre l’opportunité de donner, autant que de recevoir des soins. C’est l’antidote au sentiment d’impuissance. 

5.    Une communauté centrée sur la personne âgée imprègne la vie quotidienne de variété et de spontanéité en créant un environnement dans lequel des interactions et des événements imprévisibles et inattendus peuvent se produire. C’est l’antidote à l’ennui.  

6.    Des activités dénuées de sens corrodent l’esprit humain. La possibilité de faire des choses auxquelles on trouve un sens est essentielle à la santé humaine

7.    Le traitement médical doit être le serviteur d’une véritable démarche globale de soins, jamais son maître.

8.    Une communauté centrée sur la personne âgée fait honneur aux aînés, en minimisant l’importance de l’autorité bureaucratique et directive, et cherche plutôt à placer le maximum de décisions aux mains des aînés et des personnes qui leur sont les plus proches.

9.    Créer une communauté centrée sur la personne âgée est un processus qui ne se termine jamais. Le développement humain ne doit jamais être séparé de la vie humaine.

10.    Un leadership sage est l’élément vital de toute lutte contre les trois fléaux. Pour cela, il ne peut pas y avoir de substitut.

Des initiatives dans ce sens ont également vu le jour dans les pays francophones, comme, par exemple, la Maison des Babayagas (lien), les Cantous (lien) ou encore la Maison Carpe Diem (lien), à laquelle la réalisatrice française Laurence Serfaty a consacré le magnifique documentaire « Alzheimer, jusqu’au bout la vie » (Altomedia, 2005).

Dans la ligne des principes sous-tendant l’Eden Alternative et d’autres projets, White-Chu et al. (2009) énumèrent, illustrent et discutent différents éléments-clé d’un changement de culture comme, par exemple :

 

* Réduire l’aspect hiérarchique du leadership, en privilégiant des équipes de travail auto-gérées.

* Proposer des soins, des interventions et des aménagements individualisés, centrés sur la personne (par ex., envisager la toilette et le bain en considérant d’abord les souhaits et les habitudes de la personne, plutôt que les exigences de la tâche, ce qui peut contribuer à réduire l’agressivité, l’agitation et l’inconfort ; Sloane et al., 2004) ; répondre aux besoins spirituels autant qu’aux besoins physiques et cognitifs.

* Faire en sorte que les personnes gardent un sentiment de contrôle et de responsabilité sur les événements quotidiens (voir notre rubrique du 9 mai 2010, « Des études anciennes mais qui gardent toute leur pertinence. L’importance du sentiment de contrôle de son existence. ») ; considérer que la prise de risque fait partie de la vie ; mettre en place des assemblées de résidents.

* Modifier le langage utilisé dans la vie quotidienne (résident pour patient, actif pour agité, etc.) : les mots sont un agent puissant de changement (voir « Le mythe de la maladie d’Alzheimer »; Whitehouse & George).

* Passer de l’interprétation essentiellement biomédicale à une interprétation qui prend en compte les buts, les aspirations, les valeurs, la signification (par ex., qualifier une personne d’« opposante » versus « ré-examiner les buts des soins en se centrant sur elle » ; l'étiqueter de « déprimée » versus « lui permettre de s’engager dans des activités qui ont un sens pour elle » ; la décrire comme « agressive » versus « développer des relations qui ont davantage de signification/changer le mode d ’intervention », etc.).

* Constituer des environnements de vie de plus petite taille, plus proches des environnements habituels et familiaux, avec une attribution constante du personnel au même environnement, un accès à la nature et aux animaux, des connexions directes à la société, des relations intergénérationnelles

* Etc.

Ce changement dans la philosophie et l’organisation de l’habitat et des soins doit être un processus continu, prenant aussi en compte les spécificités culturelles des personnes âgées auxquelles il s’adresse. Il devrait également faire l’objet de recherches empiriques visant évaluer la pertinence des modifications apportées et à identifier la nature des effets qu’elles provoquent chez les différentes personnes impliquées. Rappelons par exemple que si l’accroissement du sentiment de contrôle sur les activités quotidiennes peut avoir des effets bénéfiques sur la santé psychologique et physique, il peut aussi entraîner, chez certaines personnes âgées, plus de stress, d’inquiétudes et d’autocritique (Rodin, 1986). Il s'agit donc d'ajuster les changements aux caractéristiques spécifiques de chacun.

home_chien.jpg Rodin, J. (1986). Aging and health: Effects of sense of control. Science, 233, 1271-1275.

Sloane, P.D., Hoeffer, B., Mitchell, C.M., et al. (2004). Effect of person-centered showering and the towel bath on bathing associated aggression, agitation, and discomfort in nursing home residents with dementia. Journal of the American Geriatrics Society, 52, 1795-1804.

White-Chu, E.F., Graves, W.J., Godfrey, S.M., Bonner, A., & Sloane, Ph. (2009). Beyond the medical model: The culture change revolution in long-term care. Journal of the American Medical Directors Association, 10, 370-378.

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