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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur honoraire de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 06:46

Les difficultés psychologiques et comportementales observées dans le vieillissement cérébral/cognitif problématique (la « démence »), ainsi que les mécanismes qui les sous-tendent, peuvent considérablement varier d’une personne à l’autre (voir p. ex., notre chronique « Pour une approche multifactorielle et en continuum des problèmes psychoaffectifs et comportementaux chez les personnes âgées »). Il s’ensuit que les interventions psychologiques proposées à ces personnes doivent être individualisées, c’est-à-dire taillées sur mesure en fonction de leurs difficultés spécifiques (voir notre chronique « Quelles interventions psychologiques dans le vieillissement cérébral cognitif problématique ? »).  

 

Il existe cependant encore peu de travaux ayant exploré l’efficacité d’une démarche individualisée d’intervention (voir cependant la recherche de Clare et al., 2010, décrite dans notre chronique « L’efficacité clinique de la revalidation cognitive individualisée chez les personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique »).

Un exemple d’intervention psychosociale individualisée a également été fourni par Cohen-Mansfield, Libin et Marx (2007) et ce dans le domaine des comportements d’agitation fréquemment observés chez des personnes ayant reçu le diagnostic de « démence » et vivant dans une structure d’hébergement à long terme.

 

L’étude de Cohen-Mansfield et al. : contexte général

 

Le terme d’« agitation » renvoie à une variété de comportements considérés comme inappropriés, tels que des actions répétitives, des comportements qui s’écartent des normes sociales ou encore des conduites agressives envers soi ou autrui. Ces comportements d’agitation ont été associés à de multiples facteurs, incluant des déficits cognitifs, l’environnement physique et social, certaines expériences personnelles passées, l’état médical, la dépression et l’isolement social. Trop souvent encore, les interventions visant les manifestations d’agitation se fondent sur l’entrave physique (la contention) et le traitement pharmacologique, en dépit du caractère inhumain des conséquences de la contention et des effets secondaires graves liés aux médicaments (voir nos chroniques « La prescription fréquente de médicaments psychotropes aux personnes ayant reçu le diagnostic de démence : une atteinte inacceptable à leurs droits » et « Les antipsychotiques atypiques aggravent les difficultés cognitives des personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique »). Par ailleurs, aucune de ces interventions ne prend réellement en compte les facteurs qui sous-tendent l’agitation et plus particulièrement les besoins non satisfaits des personnes agitées (douleur, sentiment de solitude ou d’isolement, privation sensorielle, ennui).

 

Cohen-Mansfield et al. (2007) ont examiné l’efficacité d’interventions non pharmacologiques, en se basant sur l’approche « Treatment Routes for Exploring Agitation » (TREA). Cette approche se fonde sur un cadre théorique et méthodologique permettant d’élaborer des interventions individualisées, associées aux besoins non satisfaits des personnes agitées. Les besoins et les préférences des personnes agitées sont identifiés via le recueil de données auprès des aidants professionnels et des proches aidants et par l’observation du comportement et de l’environnement de la personne agitée. Il s’agit en fait d’un arbre décisionnel qui guide les intervenants dans les étapes à suivre pour explorer et identifier les besoins non satisfaits contribuant aux comportements d’agitation.

Ainsi, par exemple, des recherches antérieures ont montré que l’agitation verbale (p. ex,. crier, se plaindre) était associée à la présence d’une douleur physique ou d’un état d’inconfort, au besoin de contact social, à l’ennui et au besoin de stimulation, à la présence d’hallucinations, à la dépression (et au besoin de plus de sentiment de contrôle, ainsi que de plus de stimuli renforçants) ou encore à une mauvaise interprétation de la situation. En fonction des besoins non satisfaits identifiés, l’intervention pourra viser à traiter la douleur ou le sentiment d’inconfort, à accroître les interactions sociales, à identifier des activités ayant une signification pour la personne, à contrôler la vision/l’audition et à confronter la personne à des objets/personnes familiers, à offrir des choix et proposer des tâches qui permettent d’augmenter le sentiment de contrôle, ainsi qu’à améliorer la communication et la compréhension des indices situationnels. Par contre, l’agitation physique non agressive (p. ex., avoir des mouvements répétés, arpenter) semble être associée à d’autres facteurs, tels que l’effet secondaire d’un antipsychotique (akathisie ou sentiment d’être agité intérieurement et grande difficulté à rester assis ou debout calmement), la recherche de son domicile, la recherche de quelque chose et de quelqu’un ou encore le besoin d’activité ou d’exercice. En fonction des facteurs impliqués dans l’agitation physique et du caractère plus ou moins perturbant du comportement d’agitation (pour la personne elle-même, au plan émotionnel, et pour les autres), différents types d’interventions pourront aussi être proposées.

 

En résumé, les principes généraux de cette approche TREA sont :

* essayer de comprendre l’étiologie des comportements d’agitation à partir d’un examen individualisé ;

* différents types de comportements d’agitation ont des étiologies différentes et requièrent différents types d’intervention ;

* en développant un projet d’intervention, il faut capitaliser sur les capacités préservées de la personne, tout en tenant compte de ses déficits (sensoriels, cognitifs et moteurs) ;

* les caractéristiques propres à chaque personne (profession antérieure, hobbies, relations personnelles importantes, sentiment d’identité) doivent être explorées, afin de faire correspondre au mieux l’intervention avec ses préférences actuelles et passées ;

*la prévention, la capacité de s’adapter aux circonstances et la flexibilité constituent les éléments essentiels de l’intervention.

 

L’étude de Cohen-Mansfield et al. : procédure et résultats

 

Cohen-Mansfield et al. (2007) ont exploré l’efficacité de cette approche individualisée en la comparant à une intervention de contrôle (placebo), auprès de personnes ayant reçu le diagnostic de « démence » et vivant dans une structure d’hébergement à long terme. Les personnes présentant des comportements agressifs n’ont pas été incluses dans cette recherche, dans la mesure où les conduites agressives ont fréquemment une étiologie différente des comportements d’agitation verbale et physique et exigent dès lors une approche différente. 

 

L’approche individualisée a appliqué le protocole TREA, qui permet de déterminer des interventions spécifiques à chaque personne à partir des données issues des évaluations d’un gériatre, des observations directes, des évaluations psychosociales auprès des proches et des entretiens avec le personnel. Cette approche a été proposée à 89 personnes âgées (âge moyen : 86 ans ; MMSE moyen : 7.26)  résidant dans 6 structures d’hébergement à long terme. Les interventions individualisées ont été administrées à chaque participant durant la période d’agitation la plus forte, telle que déterminée lors d’une évaluation initiale.

L’intervention de contrôle a concerné 78 personnes (âge moyen : 85 ans ; MMSE moyen : 6.88) résidant dans 6 autres structures d’hébergement à long terme (comparables à celles des participants de l’approche individualisée). Elle consistait en une présentation éducative aux membres du personnel de chaque structure d’hébergement des différents types de manifestations d’agitation, de leurs étiologies et des possibles traitements non pharmacologiques : cette situation de contrôle a été choisie, car il a précédemment été montré qu’une présentation éducative de ce type n’affectait par la pratique des membres du personnel. Il faut noter que les deux groupes de participants ne différaient pas quant aux variables démographiques, aux diagnostics et à la médication.

 

Les comportements d’agitation ont été évalués via l’observation directe à partir de l’ « Agitation Behavior Mapping Instrument » (un accord de 95% a été obtenu, sur un sous-groupe de participants, entre l’observation directe et l’observation sur vidéo). La mesure utilisée dans les analyses était le score global d’agitation (regroupant l’agitation verbale et l’agitation physique non agressive). Les affects positifs et négatifs (plaisir, intérêt, colère, anxiété et tristesse) ont également été identifiés via l’observation directe, à partir du « Lawton’s Modified Behavior Stream » (un accord de 85% a été obtenu, sur un sous-groupe de participants, entre l’observation directe et l’observation sur vidéo). Les observations de l’agitation et des affects ont été enregistrées via un ordinateur Palm Pilot m100.

Lors de l’évaluation initiale (préalable aux interventions), chaque participant a été observé pendant 3 jours consécutifs, une fois toutes les demi-heures, de 8 heures du matin à 9 heures du soir, à raison de 3 minutes par observation : en moyenne, 72 observations par participants ont été obtenues. Sur la base de ces données, une période de pic d’agitation d’une durée de 4 heures a été identifiée pour chaque participant.

Les interventions individualisées ont ensuite été menées pendant 10 jours consécutifs. Par ailleurs, l’évolution des comportements d’agitation et des affects a été explorée via des observations réalisées lors du pic d’agitation de 4 heures et ce pendant les 3 premiers et les 3 derniers jours des interventions. Les mêmes jours d’observations ont été établis pour la situation de contrôle.

 

Les résultats des analyses (prenant le score au MMSE comme covariable) montrent une diminution significativement plus importante de l’agitation dans le groupe « interventions individualisées » que dans le groupe de contrôle. Il en va de même pour les scores d’intérêt et de plaisir (aucun changement n’étant observé pour les affects négatifs). La condition de contrôle a doncaussi conduit à une diminution des manifestations d’agitation, mais de façon significativement moins importante que la condition « interventions individualisées ».

Il faut relever qu’aucune différence n’a été observée entre les deux groupes dans l’administration d’antipsychotiques, d’anxiolytiques et de sédatifs tout au long de la période d’intervention (individualisée ou de contrôle), ce qui permet d’exclure l’hypothèse selon laquelle la diminution d’agitation serait liée à des différences entre les groupes dans la médication administrée. Il a uniquement été observé que le groupe de contrôle a reçu plus d’antidépresseurs durant la phase de traitement que le groupe « interventions individualisées ».

Enfin, selon Cohen-Mansfield et al., l’augmentation de plaisir et d’intérêt dans la condition "interventions individualisée" est selon toute vraisemblance liée au fait qu’un grand nombre d’interventions impliquaient les résidants dans des activités (musiques, photographies et enregistrements vidéos, parfum, etc.) ayant une signification particulière pour eux.

 

En conclusion, cette étude est la première à montrer, de façon contrôlée et sur un grand nombre de participants, l’efficacité d’interventions non pharmacologiques individualisées pour la réduction des manifestations d’agitation verbale et physique chez des personnes ayant reçu le diagnostic de « démence » et résidant au sein d’une structure d’hébergement à long terme.

 

Les auteurs indiquent que les résultats obtenus constituent certainement une sous-estimation des effets bénéfiques pouvant être obtenus de ces interventions individualisées : en effet, la durée de préparation des interventions s’est avérée dans certains cas trop courte et la collaboration des membres du personnel était très variable entre les différentes structures d’hébergement (avec, p. ex., une certaine résistance à ôter les entraves physiques, le refus d’appliquer certaines interventions du fait que la personne avait un score au MMSE trop bas ou encore un désaccord avec le médecin quant à la présence de douleurs chez les résidants).

Il faut relever que l’identification des interventions adaptées aux besoins propres de chaque personne a été réalisée à partir d’une analyse assez « intuitive » des données recueillies auprès des proches, du personnel et via les observations. Selon nous, cette approche individualisée pourrait certainement bénéficier d’études psychologiques visant à mieux comprendre, à partir d’un cadre théorique plus précis, les différents facteurs en jeu dans les manifestations d’agitation.

 

Enfin, plus généralement, nous pensons qu’un facteur essentiel de prévention des manifestations d’agitation consiste à changer de culture dans les structures d’hébergement à long terme en passant d’une philosophie et d’une pratique qui se focalisent sur la sécurité, l’uniformité et les questions médicales à une approche dirigée vers le résident, la promotion de son bien-être (psychologique et physique) et de sa qualité de vie, le maintien d’un sentiment de contrôle ainsi que l’ouverture vers la société et les générations plus jeunes (voir notre chronique « Les structures d’hébergement à long terme des personnes âgées : la nécessité d’un changement de culture »).

 

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Cohen-Mansfield, J., Libin, A., & Marx, M.S. (2007). Nonpharmacological treatment of agitation: A controlled trial of systematic individualized intervention. Journal of Gerontology: Medical Sciences, 62A, 908-916.

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 10:21

 

S’affranchir de l’approche biomédicale dominante (de l’ «alzheimérisation») du vieillissement cérébral/cognitif, c’est aussi changer de culture dans les structures d’hébergement à long terme destinées aux personnes âgées. Comme nous l’avons vu précédemment (voir notre chronique « Les structures d’hébergement à long terme des personnes âgées : la nécessité d’un changement de culture »), il s’agit de passer d’une pratique qui se focalise sur la sécurité, l’uniformité et les questions médicales à une approche dirigée vers le résident en tant que personne (et non pas en tant que « patient »), vers la promotion de son bien-être (psychologique et physique) et de sa qualité de vie.

En particulier,  une communauté centrée sur la personne âgée se doit de minimiser l’autorité bureaucratique et directive et de placer ainsi le maximum de décisions aux mains des aînés et des personnes qui leur sont les plus proches. Il s’agit de faire en sorte que les personnes âgées gardent un sentiment de contrôle et de responsabilité sur les événements quotidiens.

 

Le respect de l’autonomie, de l’individualité (« personhood ») et de la citoyenneté des personnes âgées implique donc d’entendre et de respecter leur point de vue, de prendre en compte ce qu’elles disent ou expriment sur leur vécu, leurs souhaits et leurs besoins, et de les inclure directement dans l’élaboration et l’évaluation des soins et interventions, même quand elles présentent un vieillissement cérébral/cognitif problématique (voir notre chronique « Prendre réellement en compte le point de vue des personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique»).

Malheureusement, les personnes âgées résidant dans des structures d’hébergement à long terme sont encore trop souvent considérées comme passives, incompétentes et dépendantes, plutôt que comme étant capables de jouer un rôle actif dans le processus visant à améliorer leur qualité de vie.

 

C’est à ce problème que se sont attaqués Shura et al. (2011), en réalisant une recherche-action participative (RAP) dont le but était de nourrir le processus de changement de culture dans les structures d’hébergement à long terme par l’engagement actif et l’expertise des résidents. Rappelons que la RAP se définit par le fait de considérer les personnes comme des acteurs plutôt que comme des sujets de recherche (pour un autre exemple d’utilisation de la RPA, voir notre chronique « Un programme d’intervention participatif et communautaire destiné à des personnes présentant une démence légère et à leurs proches »).

Dans ce travail à visée exploratoire (intitulé « Learning from Those Who Know »), sept groupes composés de 4-7 résidents, 1-2 membres de la famille et 1-3 membres du personnel (tous volontaires) se sont réunis, une heure par semaine pendant 4 mois, dans différentes unités d’une structure d’hébergement à long terme située à Cleveland et organisée selon les principes de l’Eden Alternative (lien ; voir la chronique « Les structures d’hébergement à long terme des personnes âgées : la nécessité d’un changement de culture »). Les résidents participant à ces groupes avaient des difficultés physiques et cognitives variées et aucun n’a été exclu du fait de difficultés particulières (y compris un diagnostic de « démence »).  Dans chaque groupe, deux facilitateurs étaient présents pour appuyer le processus collectif, encourager les discussions, rappeler aux participants combien leurs avis et expériences étaient importants, les amener à aller au-delà des plaintes et à proposer des changements, mais pas pour induire des directions spécifiques ou faire des suggestions particulières.

       

Globalement, dans les 7 groupes, les relations se sont renforcées entre les participants et des idées et initiatives visant à une amélioration de la vie communautaire ont émergé, certaines ayant été mises en pratique durant l’étude. Les thèmes qui ont émergé durant les discussions ont concerné :

- l’amélioration des pratiques et de l’organisation dans la structure d’hébergement ;

- la mise en avant des réalisations, talents et capacités des résidents ;

- le renforcement des relations entre les résidents, le personnel et les familles au sein des unités et

- des possibilités d’engagement social.

Ainsi, par exemple, un groupe a identifié un problème lié au fait que les résidents manquaient de connaissances individuelles concernant les membres du personnel et que cela les empêchait de les considérer comme appartenant pleinement à la communauté. Il a ainsi été suggéré de mettre en place des rencontres avec les membres du personnel, afin de recueillir davantage d’informations les concernant et d’élaborer un « livre du personnel » avec des photos et des informations biographiques pouvant être partagées et régulièrement mises à jour.

Dans un autre groupe, le manque d’occasions de s’engager socialement a été relevé, en particulier pour les personnes ayant de faibles capacités de mobilité. Ainsi, un service de volontariat a été mis en place, afin d’aider les organisations culturelles locales à diffuser leurs activités.

D’autres groupes ont relevé des problèmes d’empathie et de communication entre résidents et membres du personnel. Ainsi, dans un groupe, les membres ont échangé des idées afin d’améliorer la communication des membres du personnel avec les personnes présentant une « démence sévère », par exemple, via des contacts visuels soutenus, des sourires ou le toucher. Un autre groupe a échangé des informations recueillies sur un journal de bord quotidien afin de mieux comprendre les expériences des uns et des autres au sein de la structure d’hébergement. Un troisième groupe a envisagé la possibilité de développer une activité théâtrale pour améliorer la compréhension et l’empathie entre résidents et membres du personnel.

 

De nombreuses autres suggestions ont émergé :

* améliorer l’ambiance et le confort des repas : réduire la luminosité, avoir du linge de table plutôt que des nappes en papier, donner aux couples la possibilité d’avoir leur propre table, permettre aux résidents d’aider le personnel à préparer les tables, garantir plus d’espace aux résidents en chaise roulante

* améliorer le travail d’équipe : établissement d’une liste des règles et principes qui devraient être suivis par tous les membres de la communauté et visant à promouvoir une bonne attitude, à susciter les félicitations et les hommages, à favoriser des moments « vrais » d’échanges ; mieux comprendre le ressenti des membres du personnel dans leurs relations, le respect et l’appui qu’ils obtiennent des résidents et de la direction.

* mettre en place des activités liées aux expertises des résidents, comme par exemple le journalisme, la photographie, etc.: écrire une lettre d’information (la « gazette des résidents ») sur les événements de la communauté et ce à partir du propre point de vue des résidents et en partageant ces informations avec les résidents ayant le plus de limitations ; vivre ensemble un événement spécifique, en discuter et écrire ensemble un article pour la gazette (p. ex., un reportage sur un petit groupe de Marines qui viennent régulièrement rendre visite à d’autres anciens combattants).

On voit dans ces exemples comment les suggestions des différents groupes sont en lien direct avec certains des principes pouvant conduire à un changement de culture dans les structures d’hébergement à long terme, à savoir : s’attaquer aux trois fléaux que sont la solitude, le sentiment d’impuissance et l’ennui ; offrir l’opportunité de donner, autant que de recevoir ; créer un environnement dans lequel des interactions et des événements imprévisibles et inattendus peuvent se produire ; minimiser l’importance de l’autorité bureaucratique et directive.

 

Les résultats de cette étude préliminaire indiquent que la RAP constitue une méthode adéquate pour engager les participants et mobiliser leur expertise dans l’identification d’idées et d’initiatives permettant d’améliorer la vie dans les structures d’hébergement à long terme. Il apparaît également que ce type de groupe a, en tant que tel, des effets positifs sur les participants, en leur donnant l’occasion de s’engager socialement et d’exprimer leurs compétences. Ainsi, par exemple, certains résidents ont négocié avec le personnel pour que les autres activités n’interfèrent pas avec leur participation au RAP.

 

Des recherches ultérieures doivent être menées afin d’examiner dans quelle mesure ces groupes conduisent réellement à des changements menant à une meilleure qualité de vie chez les résidents, à une plus grande satisfaction des membres du personnel, à une plus grande ouverture de la structure vers la communauté et à davantage d’engagement social. Il s’agit en outre d’identifier les conditions (soutien institutionnel, organisation du travail, motivation) qui permettent d’optimiser la participation régulière des membres du personnel et qui conduisent à la pérennisation de ces groupes.    

 

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Café musical dans une résidence à Petit-Lancy (Suisse) ©VIVA2010


Shura, R., Siders, R.A., & Dannefer, D. (2011). Culture change in long-term care: Participatory action research and the role of the resident. The Gerontologist, 51, 212-225.

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 17:38

Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises dans ce blog la méthode d’expression créative TimeSlips développée par la Professeure Anne Basting (voir notamment nos chroniques « TimeSlips : le pouvoir de l’expression créative et des récits » et « Le programme TimeSlips : une nouvelle étude ayant exploré les effets bénéfiques de l’expression créative » ) et ses effets bénéfiques sur l’attention, l’engagement social, l’expression des émotions et les capacités de communication des participants.

 

Ce mardi 15 mars, après que la méthode a été adaptée à une population âgée européenne francophone, l’association VIVA et les responsables de l’animation et des soins de l'EMS du quartier des Mouilles à Petit-Lancy (Suisse) ont démarré un atelier de TimeSlips hebdomadaire. Neuf résidants présentant des difficultés cognitives modérées y ont participé et ont manifesté leur enthousiasme, pendant et juste après la séance. Une évaluation plus formelle, portant sur l’état émotionnel, les capacités de communication et l’expressivité émotionnelle a été réalisée préalablement, de manière à ce que les effets de la participation puissent être appréciés au terme de trois mois d’intervention. Nous ne manquerons bien sûr pas d’y revenir.

 

Pour un bref rappel de la méthode, des « facilitateurs » animent les séances de production d’histoires, en fournissant aux personnes âgées l’opportunité de laisser libre cours à leur instinct narratif et créatif à partir de photographies saugrenues qui sont mises à leur disposition. Toutes les réponses sont validées, le récit est régulièrement relu et l’intervention de chaque participant est régulièrement soulignée, jusqu’à ce que la narration s’épuise.

 

Voici en primeur le récit généré lors de cette première rencontre, après sélection de l'image ci-dessous (présentée en format A4 par un des participants) :

 

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 « Ce sont les débuts de l’aviation. On voit des choses qui peuvent tourner, on dirait une grande roue.

 

Il fait beau et l’action se déroule à la campagne.  Il y a des odeurs de fleurs, c’est le printemps, les champs deviennent beaux. Des violettes… des marguerites - car ce sont des fleurs naturelles, elles sont jolies même si elles n’ont pas beaucoup d’odeur - des jonquilles, des roses…

 

L’aviatrice s’appelle Caroline. Ça se passe au début du siècle, mais ça pourrait aussi être aujourd’hui.  Caroline veut traverser l’Atlantique. Parce qu’elle est courageuse, parce que ça lui fait plaisir. C’est pour aller ailleurs et c’est pour la gloire. On va dire qu’elle vient de Suisse, du Jura, et elle veut changer, parce que les montagnes sont belles, mais ailleurs il y a autre chose. Elle aimerait aussi aller dans un château. Elle va aller en Amérique du Sud, pour faire un grand saut. Mais elle doit trouver quelqu’un, elle ne devrait pas partir seule. Elle serait plus à l’aise, c’est trop dangereux. Elle pourrait partir avec son fils, Robert-Albert, qui aura bientôt 50 ans.

 

On entend le bruit du moteur, les bruits des personnes aussi, et celui des oiseaux. Caroline se sent bien, elle est curieuse de ce qu’elle va découvrir. Elle va découvrir de nouveaux paysages, mais Dieu seul sait ce qu’elle va trouver. Elle va découvrir des oiseaux… des moineaux… et il y aura des condors, c’est là seulement qu’on les trouve. Il y aura du soleil, et c’est tant mieux.

 

Elle emmène un peu de tout avec elle, des habits, des robes, tout ce qu’il faut pour (geste de se coiffer)… s’arranger ; elle va aussi prendre un casque pour se mettre sur la tête et des pantalons, surtout des pantalons, pour ne pas avoir froid ! Elle emmène des cadeaux, pour sa famille. Elle va retrouver son mari et ses enfants. C’est logique. Pour se réunir. Son mari est allé chercher un travail plus intéressant, il est ingénieur mécanicien. Il va découvrir des pierres et des statues, des choses anciennes. Il va les amener dans un musée. Son père aussi était ingénieur mécanicien.

 

C’est formidable, ils vont se retrouver, il y aura de la joie. C’est une grande question que de savoir ce qui va se passer, mais c’est formidable. » 

 

Et une participante de conclure que « C’est quand même une drôle d’histoire… »

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 23:08

Dans une chronique précédente (« Le parler "personnes âgées" est associé à la résistance aux soins dans les structures d’hébergement à long terme »), nous avons rapporté les résultats d’une étude montrant que la résistance des personnes âgées aux soins qui leur sont administrés était en partie liée à l’adoption par les soignants d’un langage condescendant et infantilisant.

 

Une étude (Christensson et al., 2011) publiée dans le numéro spécial de la revue Behavior Therapy consacré à l’approche comportementale dans le vieillissement cérébral/cognitif problématique (« Geriatric Behavior Therapy : The challenges of a changing environnement ») s’est intéressée à l’influence de la forme des consignes présentées par les soignants sur la réalisation effective des actions et des tâches demandées aux personnes âgées présentant une « démence ».

 

Les participants à cette étude étaient 11 personnes âgées de 65 ans et plus (4 hommes et 7 femmes) et ayant reçu le diagnostic de « démence » et 11 soignants certifiés (4 hommes et 7 femmes), en contact régulier avec les personnes âgées. Les interactions résident-soignant ont été analysées pendant la réalisation des activités de base de la vie quotidienne (toilette, douche, habillage, etc.), durant lesquelles de nombreuses demandes et consignes sont formulées par les soignants. Ces interactions étaient enregistrées par une caméra dissimulée (les participants étant cependant informés qu’ils étaient filmés), et ce durant au moins deux interactions et maximum trois (27 interactions ont été recueillies).

 

Le système de codage utilisé distinguait 9 types différents de consigne ; pour chaque type de consigne étaient distinguées des consignes alpha (réalisables, spécifiques, appropriées) et des consignes beta (la personne n’était pas en mesure de répondre à la consigne du fait que la consigne était vague, interrompue, indirecte ou soumise à interférence). Ainsi, un des types de consigne correspondait à des questions impliquant la réalisation d’une réponse motrice : une consigne codée alpha était p. ex. : « Pouvez-vous lever votre pied ? », alors qu’une consigne codée beta était, p. ex., « Pouvez-vous m’aider ? ». Un autre type de consigne correspondait à des interdictions : une consigne codée alpha était, p. ex., « Ne vous asseyez pas !», alors qu’une consigne codée beta était, p. ex., « Non ! ». Quand une consigne verbale correspondait à une consigne beta (p. ex., « prenez cela ! »), mais était accompagnée d’un geste spécifique (p. ex., indiquant l’objet à prendre), la consigne était codée alpha.

 

La « compliance » (la réalisation effective de l’action par la personne âgée) était définie comme un comportement approprié initié endéans les 5 secondes après la consigne et qui se terminait par la réalisation de ce qui avait été demandé. La « non compliance » (l’absence de  réalisation) était définie par l’absence d’initiation de la réponse appropriée endéans les 5 secondes après la consigne. La « compliance forcée » était définie par le fait que la réponse appropriée était réalisée par le soignant plutôt que par le résident. Si la « compliance forcée » était observée endéans 5 secondes après la consigne, elle était à la fois codée comme consigne beta et réalisation forcée 

 

L’accord inter-juges testé sur 25% des codages était bon (kappa : .95). En tout, 737 consignes ont été analysées : 58.5% de consignes alpha et 41.5% de consignes beta. Par ailleurs, 71% de toutes les consignes alpha conduisaient à la « compliance » contre seulement 47% de toutes les consignes beta. En outre, la majorité des réponses « non compliantes » (56%) étaient précédées d’une consigne beta alors que la majorité des réponses « compliantes » étaient précédées d’une consigne alpha (68%). Considérées globalement, ces données montrent que les consignes alpha conduisent davantage à des « réponses compliantes », alors que les consignes beta conduisent davantage à des réponses « non compliantes », et que cette association est statistiquement significative.

 

Si l’on se penche sur l’influence du type de consigne, il apparaît que le fait de demander à une personne âgée si elle veut bien effectuer une action (sous forme de question) est moins efficace que de lui dire directement de le faire et de le répéter si nécessaire. Même quand les consignes sous forme de question sont spécifiques (consignes alpha ; p. ex., « Pouvez vous lever votre pied ? »), elles n’aboutissent à des réponses « compliantes » que dans 50% des cas. Ainsi, globalement, les consignes qui sont formulées de façon directe, les consignes qui sont répétées exactement de la même façon et aussi les consignes qui clarifient une consigne antérieure conduisent à une « compliance » plus élevée,

 

De plus, les consignes de « collaboration », formulées à la troisième personne du singulier ou à la première personne du pluriel et considérées comme une manifestation du parler « personnes âgées » («  Nous devons nous habiller ») produisent autant de réponses « compliantes » que de réponses « non compliantes ». Les consignes indirectes (consignes beta où l’énoncé n’indique qu’indirectement ce qui est attendu, comme, p. ex. , « Vos lunettes sont ici », « Prenez votre temps ») conduisent aussi à un taux élevé de réponses « non compliantes ».

 

Enfin, il faut relever que 10 % de toutes les consignes amènent à une « compliance forcée » (22% de toutes les consignes beta) : ainsi, plutôt que de diriger verbalement une réponse comportementale, les soignants ont tendance à réaliser eux-mêmes la tâche et c’est particulièrement vrai pour certains types de consignes comme, p. ex., les consignes indirectes et les consignes de « collaboration ». Idéalement, les interactions dans les soins devraient permettre d’accroître l’autonomie des personnes âgées. Dans ce contexte, deux hypothèses peuvent être proposées pour rendre compte du taux élevé de « compliance forcée » : une communication inefficace ou des contraintes institutionnelles de temps.

 

Quelques limites sont à relever dans ce travail, en particulier l’absence d’évaluation de la nature et de la sévérité des problèmes cognitifs des personnes âgées, l’absence de contrôle du rôle de l’expérience des soignants et aussi l’influence possible du fait que les participants se savaient filmés. Par ailleurs, la nature causale des relations entre type de consigne et « compliance » ne pourra réellement être établie que via une étude dans laquelle le type de consigne sera manipulé (p. ex., en suscitant des consignes alpha et en examinant l’effet de cette manipulation sur la « compliance »).

 

Néanmoins, un des intérêts de cette étude est d’avoir conduit à l’élaboration d’un système de codage qui pourra être utilement utilisé dans des études ultérieures visant d’une part à explorer plus avant l’influence du type de consignes sur la réalisation effective des actions par les personnes âgées présentant une « démence » et d’autre part à évaluer l’efficacité d’un entraînement visant à accroître auprès des soignants la formulation de consignes plus efficaces.


communication2.jpg 

Christenson, A.M., Buchanan, J.A., Houlihan, D., & Wanzek, M. (2011). Command use and compliance in staff communication with elderly residents of long-term care facilities. Behavior Therapy, 41, 47-58.   

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 16:00

Le respect de l’autonomie, de l’individualité (« personhood ») et de la citoyenneté des personnes âgées présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique (une « démence ») implique d’entendre et de respecter leur point de vue, de prendre en compte ce qu’elles disent ou expriment sur leur vécu, leurs souhaits et leurs besoins et de les inclure directement dans l’élaboration et l’évaluation des soins et interventions.

 

De plus en plus de données suggèrent que les personnes ayant reçu un diagnostic de « démence » à un stade léger à modéré sont capables de fournir un compte-rendu valide de leur bien-être, de leur qualité de vie et de la qualité des soins qui leur sont prodigués, que ce soit via des questionnaires, des entretiens (semi-) structurés, des entretiens ouverts ou encore des groupes de discussion (voir van Baalen et al., 2010, pour une description et une analyse des avantages et inconvénients de ces différentes méthodes). Chez les personnes ayant des problèmes plus importants (une « démence » sévère) et ne communiquant plus verbalement, des informations concernant leur attitude et la conscience qu’elles ont de leur situation peuvent être obtenues via l’observation de leurs réactions comportementales (voir Clare, 2010), mais aussi via l’avis de certaines personnes proches, tout en étant attentif au fait que des erreurs et des biais peuvent limiter la pertinence de ces informations.

 

Il faut cependant relever que les études qui se sont penchées sur la perspective des personnes âgées dites « démentes » concernant leur situation sont encore assez pauvres. Deux études récentes ont toutefois contribué à une meilleure compréhension des capacités d’auto-évaluation des personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique.

 

L’évaluation de la qualité de vie par les personnes âgées elles-mêmes, les personnes proches et le personnel soignant

 

Beer et al. (2010) ont exploré les facteurs associés à l’évaluation de la qualité de vie de personnes présentant une « démence » et vivant dans des structures d’hébergement à long terme. Plus spécifiquement, ils ont comparé l’évaluation effectuée par les personnes âgées elles-mêmes (les personnes ayant un problème médical aigu, présentant un délire ou se trouvant en phase terminale d’une maladie comorbide ont été exclues), une personne proche (principalement un membre de la famille, ayant rendu visite à la personne âgée au moins une fois par semaine durant l’année qui a précédé) et un membre du personnel soignant (connaissant la personne âgée depuis au moins 2 semaines et ayant observé le résidant au moins 10 fois ou au minimum une heure au total durant les deux dernières semaines).

 

Les personnes ayant reçu le diagnostic de « démence » étaient au nombre de 351, elles avaient plus de 65 ans et avaient obtenu un score au Mini-Mental State Examinnation (MMSE ; évaluant le fonctionnement cognitif global) égal ou inférieur à 24.

 

La qualité de vie a été évaluée par les personnes âgées, leur proche et le personnel soignant au moyen de la « Quality of Life in Alzheimer’s Disease Scale » (comportant 13 questions). Les personnes âgées pouvaient répondre en entourant la réponse ou verbalement, et celles qui étaient incapables de fournir une réponse pour plus de 2 questions ont été exclues des analyses. En outre, les proches et le personnel soignant ont également rempli le questionnaire « Alzheimer’s Disease Related Quality of Life Scale » (qui comporte 47 questions évaluant 5 domaines : interactions sociales, conscience de soi, sentiments et humeur, plaisir dans les activités, réponses aux stimuli de l’environnement).

 

Les prédicteurs de qualité de vie suivants ont été déterminés : âge, genre, poids, nombre de médicaments, score au MMSE, douleur auto-rapportée ou douleur identifiée à une échelle d’observation de la douleur, troubles du comportement socio-émotionnel  (Neuropsychiatric Inventory, NPI), le fait d’avoir été attaché ou entravé physiquement, présence de chutes dans le mois précédant, hospitalisation durant le dernier mois, réunion d’équipe avec un spécialiste pour discuter de la situation de la personne.

 

Les résultats principaux montrent que 64% (226) des personnes avec une « démence » (MMSE moyen: 17 [12-21]) ont été capables d’évaluer leur qualité de vie. En outre, tant les soignants que les proches fournissent une évaluation de la qualité de vie des personnes âgées significativement inférieure à celle effectuée par les personnes âgées elles-mêmes.

 

La qualité de vie évaluée par les personnes âgées elles-mêmes est plus basse chez les personnes qui ont été attachées ou entravées physiquement, qui ont chuté durant le dernier mois et qui ont rapporté des douleurs ou chez qui la présence de douleurs a été observée. Par contre, la qualité de vie des personnes âgées évaluée par les proches et les soignants est plus basse chez les personnes âgées qui avaient des problèmes cognitifs importants, qui présentaient des troubles du comportement et qui avaient chuté durant le dernier mois. Enfin, les troubles cognitifs, la tenue d’une discussion d’équipe concernant la situation de la personne, l’hospitalisation et les troubles du comportement socio-émotionnel sont indépendamment associés aux évaluations de la qualité de vie menées par les soignants.

 

En conclusion, ces données montrent que les personnes ayant reçu un diagnostic de « démence » peuvent évaluer leur qualité de vie et que les proches ainsi que les soignants sous-estiment la qualité de vie des personnes âgées. Les résultats indiquent également la validité des évaluations de la qualité de vie effectuées par les personnes âgées elles-mêmes dans la mesure où ces auto-évaluations sont associées à des facteurs objectivement observables (entraves physiques et douleurs), dont on peut s’attendre à ce qu’ils affectent la qualité de vie.

 

Il apparaît en outre que des facteurs différents sont associés aux évaluations effectuées par les personnes âgées et celles effectuées par les proches et soignants, ce qui suggère que les caractéristiques de la relation qu’entretiennent les proches et les soignants avec la personne âgée peuvent influencer la perception qu’ils ont de la qualité de vie de cette personne. Enfin, les membres de la famille ne fournissent pas des évaluations plus proches de celles effectuées par les personnes âgées que ne le font les soignants.  

 

L’auto-évaluation du sentiment de but dans la vie

 

Mak (2010) s’est penchée sur un aspect important du bien-être existentiel des personnes ayant reçu le diagnostic de « démence », à savoir le sentiment d’avoir des buts dans la vie (voir notre chronique « Des buts dans la vie et une existence qui a un sens réduisent le risque de vieillissement problématique »). Plus spécifiquement, elle a exploré les relations entre le sentiment d’avoir des buts dans la vie et la tendance à poursuivre des buts de façon opiniâtre/tenace, et ce en se basant sur les auto-évaluations des personnes âgées.

 

Les 91 personnes ayant participé à cette recherche avaient reçu un diagnostic de « démence », vivaient dans la communauté et étaient âgées en moyenne de 75,28 ans. L’importance de leur « démence » avait été évaluée via le TICS-m (« Modified Telephone Interview for Cognitive Status ») qui consiste en 12 questions explorant l’orientation, la mémoire, l’arithmétique, le langage, l’attention et la résolution de problèmes (score maximal = 50) : on considère généralement que les personnes avec une « démence » modérée obtiennent un score autour de 13 points à cette échelle ; les participants de l’étude avaient un score moyen de 18.66 (e.t.: 6.29, 3 personnes ayant des scores de 32 ou 33). Ont été exclues les personnes ayant une aphasie, d’importants problèmes de vision ou d’audition, une perte de l’usage des mains ou qui ne pouvaient pas fournir leur consentement.

 

Les participants ont été amenés à répondre à différents questionnaires présentés sous la forme d’un entretien (avec chaque question placée devant la personne) et évaluant : le sentiment d’avoir des buts dans la vie (« Purpose in Life Scale »), la tendance à poursuivre des buts de façon opiniâtre/tenace (Tenacious Goal Pursuit Scale), ainsi que la dépression (Geriatric Depression Scale).

 

Ils ont ensuite été répartis aléatoirement, pour moitié dans une activité dirigée vers un but et pour l’autre moitié dans une activité non dirigée vers un but. L’activité dirigée vers un but consistait à créer une carte postale pour un enfant malade ou un soldat se trouvant loin de chez lui : les participants recevaient quelques informations sur la personne à qui la carte serait envoyée et on leur expliquait que cette personne apprécierait grandement l’envoi ; cette carte comportait des illustrations et un message standard, mais les participants étaient invités à la décorer de façon créative et à inscrire quelques mots personnels. L’activité non dirigée vers un but consistait à compléter de façon créative une feuille de papier comportant les mêmes illustrations que celles présentes sur la carte postale.

 

Une fois la tâche (avec ou sans but) réalisée, les personnes âgées ont été soumises à des questions évaluant dans quelle mesure elles avaient eu le sentiment d’accomplir un but durant la réalisation de l’activité d’illustration graphique.

 

Les résultats peuvent être résumés comme suit :

 

* Une corrélation significative (.53) a été observée entre la tendance à poursuivre des buts avec opiniâtreté/ténacité et le sentiment d’avoir des buts dans la vie. Ce résultat indique d’une part que les personnes avec une « démence » sont capables de remplir des questionnaires de façon signifiante et d’autre part que ces personnes possèdent des représentations du bien-être, au-delà de ce qui est observable.

 

* Une simple manipulation visant à modifier la prégnance d’un but dans une activité d’illustration graphique influence le sentiment de but perçu : les personnes qui ont réalisé une carte pour quelqu’un d’autre ressentent un sentiment plus fort de but que celles qui ont effectué l’illustration graphique libre. Ce résultat montre d’une part qu’il est possible d’accroître le sentiment de but via une simple activité dirigée vers un but et d’autre part que les personnes ayant reçu le diagnostic de « démence » peuvent elles-mêmes évaluer l’effet du type d’activité proposé.

 

* Le degré de sévérité des problèmes cognitifs (« de la « démence ») ne module pas la relation entre la tendance à poursuivre des buts de façon tenace/opiniâtre et le sentiment d’avoir des buts dans la vie : en d’autres termes, le niveau de troubles cognitifs ne réduit ou n’augmente pas cette relation ; même si les personnes ont fréquemment demandé que les questions soient répétées, aucune d’entre elles n’a montré de problème de compréhension (il faut néanmoins relever que seules les personnes n’ayant pas de problèmes langagiers importants avaient été recrutées).

 

En conclusion, cette étude montre que les personnes ayant reçu le diagnostic de « démence » sont capables d’auto-évaluer un aspect de leur bien-être existentiel (le sentiment d’avoir des buts dans la vie) et également qu’il est possible de changer cet aspect du bien-être via une modification simple dans les activités proposées.

 

Des études futures devraient s’atteler à répliquer ces résultats et à explorer les capacités d’auto-évaluation concernant d’autres aspects de la qualité de vie et du bien-être.

 

Plus globalement, les résultats de ces deux études confirment l’importance qu’il y a à prendre réellement en compte le point de vue et les avis des personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique. 

 

Nous profitons de cette chronique de reprise (après une interruption d’une dizaine de jours) pour vous souhaiter une excellente année 2011, une année durant laquelle nous poursuivrons avec vous, et amplifierons, notre défense d’une autre approche du vieillissement, moins réductrice et plus humaniste. Nous souhaitons aussi vous remercier chaleureusement pour le soutien que vous nous avez accordé durant l’année écoulée.

 

prendre-en-compte.jpg

 

Beer, Ch., Flicker, L., Horner, B., Bretland, N., Scherer, S., Nicola, T., et al. (2010). Factors associated with self and informant ratings of the quality of life of people with dementia living in care facilities: A cross sectional study. PLoS ONE, 5, e15621.

Clare, L., (2010). Awareness in people with severe dementia: Review and integration. Aging & Mental Health, 14, 20-32.

Mak, W. (2010). Self-reported goal pursuit and purpose in life among people with dementia. Journal of Gerontology: Psychological Sciences, à paraître.

van Baalen, A., Vingerhoets, A., Sixma, H.J., & de Lange, J. (2010). How to evaluate quality of care from the perspective of people with dementia: An overview of the literature. Dementia, à paraître.

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 17:02

Nous avons précédemment montré en quoi il existe encore trop fréquemment dans les structures d’hébergement à long terme un style de communication qui a été appelé le parler « personnes âgées » ou le parler condescendant/infantilisant (voir la chronique « Améliorer la communication dans les structures d’hébergement des personnes âgées : réduire le parler mémé ou pépé ! » ). Ce parler se caractérise par un rythme plus lent, une intonation exagérée, un ton de voix de hauteur élevée, un volume plus fort, de nombreuses répétitions, un vocabulaire et une grammaire simplifiés, l’utilisation de diminutifs (« mémé », « papy »…), la présence de petites questions ajoutées à la fin d'une phrase («…, n’est-ce pas ? »), l’utilisation de pronoms collectifs (« on est prêt pour notre bain ») ou encore l’adoption du tutoiement.

 

En utilisant ce type de communication, les membres du personnel peuvent, sans réellement en prendre conscience, renforcer la dépendance et favoriser l’isolement, ainsi que la dépression, chez les résidants, ce qui contribue à une spirale de déclin physique, cognitif et fonctionnel.

 

Williams et al. (2009) ont examiné dans quelle mesure le parler « personnes âgées » était associé à la résistance aux soins (ou au rejet des soins) chez les personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique ou une « démence ».

 

La résistance aux soins et le rejet des soins sont des phénomènes fréquents chez les personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique (une « démence ») et vivant dans une structure d’hébergement à long terme. Ces comportements contribuent fortement au stress et à l’épuisement des soignants, et donc aussi au renouvellement du personnel. Ils constituent également une source de frustration pour les soignants, pouvant conduire à une réduction des contacts avec le résidant ou à une augmentation des épisodes de confrontation. Les résidants perçus comme opposants sont également plus à risque d’être contraints physiquement et de recevoir des antipsychotiques.

 

Les auteurs ont analysé les enregistrements vidéo de 80 interactions entre 20 résidants présentant une « démence » et 52 membres du personnel, les participants ayant été recrutés au sein de 3 structures d’hébergement à long terme. Les interactions ont été enregistrées durant les interventions des membres du personnel dans des activités de base de la vie quotidienne. Les enregistrements ont été analysés afin d’examiner, au plan psycholinguistique, la présence d’un langage « personne âgée » et au plan comportemental, la fréquence et l’intensité de comportements problématiques perturbant les interventions durant les activités de base de la vie quotidienne (13 comportements étaient évalués comme par exemple, repousser, se tourner, dire non, menacer, etc.). Les personnes qui décodaient les enregistrements avaient reçu un entraînement intensif de plusieurs mois afin d’aboutir à une fidélité très élevée du codage.

 

Des analyses statistiques élaborées (modèle hiérarchique bayésien et modèle généralisé estimant des équations ou GEE) ont effectivement mis en évidence que la probabilité de résister aux soins (ou de rejeter les soins) s’accroît significativement en présence d’un langage « personnes âgées » (.55, 95% CrI,.44-.66),  en comparaison à un langage normal (.26, 95% CrI,.12-.44).

 

Williams et al. (2003) ont par ailleurs montré qu’un bref programme de sensibilisation et d’apprentissage peut conduire à modifier le parler « personnes âgées » chez des membres du personnel de structures d’hébergement à long terme. Des recherches devraient maintenant être menées afin d’examiner l’impact de ces modifications de la communication sur la résistance aux soins.

 

Il faut enfin noter qu’une étude (Ishii et al., 2010) menée auprès de 3’230 personnes âgées résidant dans des structures d’hébergement à long terme (dont 312, ou 9.7%, avaient montré un rejet des soins dans les 5 jours précédents) a révélé que le rejet des soins était significativement associé à la présence d’un état de délire, d’idées délirantes, de symptômes dépressifs (majeurs et mineurs) et de douleurs très importantes. Bien que le caractère transversal de cette recherche empêche d’affirmer l’existence d’un lien de causalité, ces données suggèrent que la résistance aux soins et le rejet des soins sont associés à des facteurs modifiables qui (comme c’est le cas pour le langage « personnes âgées ») traduisent une non prise en compte spécifique des besoins des résidents et qui pourraient faire l’objet d’interventions appropriées.

 

elderspeak.jpg

 

Ishii, S., Streim, J.E., & Saliba, D. (2010). Potentially reversible resident factors associated with rejection of care behaviors. Journal of the American Geriatrics Society, 58, 1693-1700.

Williams, K.N., Herman, R., Gajewski, B., & Wilson, K. (2009). Elderspeak communication: Impact on dementia care. Alzheimer’s Disease & Other Dementias, 24, 11-20.

Williams, K., Kemper, S., & Hummert, M.L. (2003). Improving nursing home communication: An intervention to reduce elderspeak. The Gerontologist, 43, 242-247.

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 12:21

Dans une chronique précédente (« TimeSlips : le pouvoir de l’expression créative et des récits »), nous avons décrit la méthode TimeSlips, dans laquelle des bénévoles, jeunes et âgés, animent des séances hebdomadaires de production d’histoires, en fournissant ainsi aux personnes âgées avec troubles cognitifs l’opportunité de laisser libre cours à leur instinct narratif et créatif et de s’insérer dans une communauté multigénérationnelle (voir aussi notre chronique « Une illustration amusante et animée d’un récit issu de la méthode TimeSlips »).  

 

Nous rapportions également les résultats encourageants d’une première étude ayant exploré les effets bénéfiques de cette méthode chez des personnes âgées avec troubles cognitifs (« démence ») et vivant en institution (Fritsch et al., 2009). Les résultats de cette recherche montraient que, suite au programme, les personnes âgées étaient significativement plus engagées dans des interactions sociales et étaient également plus attentives. En outre, on constatait des interactions plus fréquentes entre les résidents et les membres du personnel. Les membres du personnel avaient aussi une vision plus positive des résidents et les dévaluaient moins souvent. Un résultat quelque peu inattendu était que les personnes âgées ayant été soumises au programme TimeSlips présentaient plus d’émotions négatives (tristesse, peur, anxiété) et de « problèmes » comportementaux (agressivité, comportement répétitif, etc.) que les personnes de contrôle, même si l’ampleur de cette différence était relativement petite. Les auteurs interprétaient ces données en suggérant que la méthode TimeSlips encourageait plus d’engagement social, ce qui pouvait induire une palette plus vaste d’émotions et de comportements plus vaste. 

 

Dans une étude plus récente, Philipps et al. (2010) ont comparé deux groupes de personnes ayant reçu le diagnostic de « démence » et vivant dans des structures d’hébergement à long terne, l’un (28 personnes ; âge moyen, 83.55 ; MMSE moyen : 13.67) ayant été soumis au programme TimeSlips et l’autre (28 personnes ; âge moyen, 81.73 ; MMSE moyen : 15.50) n’ayant été soumis à aucune intervention spécifique, autre que les soins habituels. Le programme TimeSlips a été administré à raison de 2 fois par semaine pendant 6 semaines, à des groupes de 6 à 12 personnes.

Les dimensions suivantes ont été évaluées à 6 semaines (immédiatement après le programme), 7 et 10 semaines : dépression, troubles du comportement, habiletés fonctionnelles de communication (communication sociale et en lien avec les besoins de base), qualité de vie, expression d’émotions négatives (colère, anxiété/peur et tristesse) et positives (plaisir et vigilance).

 

Les analyses ont montré que l’administration du programme TimeSlips pendant 6 semaines a conduit à un accroissement significatif des expressions de plaisir durant la période d’’intervention avec un maintien à la 7ème semaine. Une amélioration des capacités de communication (sociale et des besoins de base) a également été observée, avec un maintien à la 7ème semaine. La taille de ces effets est modérée.

 

Il apparaît donc que les interactions positives suscitées par les activités ludiques et festives de TimeSlips ont suscité du plaisir et une plus grande spontanéité dans la communication. Il faut ajouter que le programme TimeSlips permet d’exercer le potentiel créatif et les capacités préservées des personnes, il encourage les personnes à être actives, autant de facteurs qui contribuent à un environnement psychosocial positif.

Les bénéfices tirés de TimeSlips se maintiennent un temps, mais s’estompent à la dixième semaine, ce qui indique la nécessité de proposer ce type d’intervention centrée sur l’expression créative de façon continue.

 

Une des limites de cette recherche est de ne pas avoir comparé le groupe TimeSlips à un groupe ayant reçu un autre type d’intervention, et ce afin de déterminer les ingrédients actifs spécifiques du programme TimeSlips.

 

Des études futures devraient également explorer les bénéfices d’un programme TimeSlips administré sur une plus longue période et aussi examiner quelles sont les personnes qui acceptent de participer à ce type d’intervention et qui en  bénéficient le plus (personnalité antérieure, troubles cognitifs ou du comportement plus ou moins importants, etc.). L’impact de l’intervention sur d’autres dimensions du fonctionnement des personnes devrait également être abordé, comme par exemple le sentiment de continuité personnelle, l’estime de soi, etc.

 

Il serait également intéressant d’introduire une dimension intergénérationnelle dans l’intervention et de présenter les productions des groupes à l’extérieur, afin de favoriser les connexions avec la société. Il faut enfin noter que le programme TimeSlips a été administré par une personne extérieure ayant reçu une formation à ce type d’intervention (la première auteure de l’article) et il serait dès lors important d’examiner dans quelle mesure les membres du personnel des structures d’hébergement et/ou des bénévoles pourraient être impliqués dans l’administration et l’animation de ce programme 

 

timeslips3.jpg

©http://www.timeslips.org/

 

Fritsch, Th., Kwak, J., Grant, S., Lang, J., Montgomery, R.R., & Basting, A.D. (2009). Impact of TimeSlips, a creative expression intervention program, on nursing home residents with dementia and their caregivers. The Gerontologist, 49, 117-127.

Philipps, L.J., Reid-Arndt, S.A., & Pak, Y. (2010). Effects of a creative expression intervention on emotions, communication, and quality of life in persons with dementia. Nursing Research, 59, 417-425. 

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 11:30

Un exemple fréquent de comportement problématique chez les personnes présentant une « démence » est la fixation sur les parents, c’est-à-dire la croyance selon laquelle un ou les deux parents sont encore vivants, alors qu’ils sont décédés depuis de nombreuses années. Il en résulte divers comportements tels qu’appeler les parents, les chercher, poser des questions sur leur état ou encore demander de quitter la structure d’hébergement pour leur rendre visite. Le fait de confronter les personnes avec la réalité du décès de leurs parents peut susciter une souffrance psychologique et des tentatives accrues de les trouver.

 

La prévalence de la fixation sur les parents dans les structures d’hébergement à long terme a été estimée entre 54% et 60%. En dépit de sa fréquence, peu d’explorations empiriques de ce phénomène ont été entreprises. C’est ce à quoi se sont attelés Osborne et al. (2010). Ils ont interrogé 51 personnes présentant une « démence » (âgées en moyenne de 78.8 ans et vivant dans la communauté ou dans des structures d’hébergement à long terme), ainsi que 51 personnes proches.

La fixation sur les parents a été évaluée au moyen de l’échelle TATP (Thinking About The Parents), dans laquelle on demandait aux personnes présentant une « démence » d’évaluer la fréquence avec laquelle ils pensaient à leurs parents, avaient des contacts avec eux et agissaient (ou avaient des sentiments) comme si leurs parents étaient là. Les manifestations comportementales de la fixation sur les parents étaient quant à elles explorées au moyen d’un questionnaire (à 7 questions) administré aux personnes proches, et dans lequel on leur demandait d’estimer la fréquence avec laquelle elles avaient observé que la personne âgée parlait de ses parents comme s’ils étaient encore vivants, demandait de voir ses parents, les appelait ou essayait de rejoindre le domicile parental.

Le fonctionnement cognitif global des personnes âgées a été évalué au moyen de l’IQ-CODE (un bref questionnaire rempli par une personne proche) et les comportements en lien avec un syndrome dysexécutif ont été explorés au moyen du Questionnaire DEX (également rempli par une personne proche).

Le style d’attachement (anxieux-ambivalent, sécure et évitant) présent chez les personnes âgées avant l’installation de la « démence » a été déterminé par les personnes proches via le Questionnaire de Style d’Attachement (ASQ). De plus, la personnalité pré-morbide des personnes âgées a été évaluée au moyen de la version à 60 items du NEO-FFI, remplie par les proches. Enfin, les variables suivantes ont été contrôlées : genre, environnement de vie (domicile ou structure d’hébergement), statut marital, scolarité, carrière professionnelle, médication, vie sociale, durée du diagnostic, nombre de problèmes de santé mentale pré-morbides, nombre d’enfants décédés, nombre d’années depuis le décès des parents et durée des relations avec la personne proche.

 

Les résultats montrent que 31.4% des personnes âgées présentaient une fixation consistante sur l’un et/ou l’autre des parents (telle qu’auto-évaluée par le TATP) et deux personnes (3.9%) présentaient une fixation fluctuante. Par ailleurs, les manifestations comportementales de la fixation sur les parents étaient plus fréquentes, puisque rapportées par les proches chez 52.9% des participants. Il est intéressant de noter que 17.6% des proches rapportent des manifestations comportementales de fixation sur les parents alors que, lors de l’évaluation via le TATP, les personnes âgées étaient conscientes, de façon consistante, que leurs parents étaient morts : ce résultat confirme que la fixation sur les parents peut avoir un caractère fluctuant.       

 

Des analyses de régression ont mis en évidence trois prédicteurs indépendants de la fixation sur les parents (auto-évaluée par le TATP) :

- le fait de vivre dans une structure d’hébergement à long terme ;

- la présence d’un niveau plus élevé dans la facette de personnalité pré-morbide « conscience » (degré d’organisation, d’obstination, de contrôle et de motivation dans un but précis) ;

- un style d’attachement pré-morbide moins anxieux.

 

D’autres analyses de régression ont par ailleurs trouvé deux prédicteurs indépendants des manifestations comportementales de la fixation sur les parents : le fait d’être une femme et un faible fonctionnement exécutif.

 

Il apparaît donc que la fixation sur les parents doit être appréhendée dans une perspective psychosociale qui combine l’environnement de vie, ainsi que le style d’attachement et la personnalité pré-morbides. Par ailleurs, le fonctionnement exécutif et le genre influencent l’expression comportementale de cette fixation.

 

Contrairement à l’hypothèse selon laquelle la fixation sur les parents serait une réponse à un sentiment d’insécurité, on constate que cette fixation est surtout observée chez les personnes qui ont un style d’attachement moins anxieux (plus confiante dans les réponses apportées par les partenaires).

 

Osborne et al. suggèrent ainsi que la fixation sur les parents agit comme un processus par lequel les personnes âgées cherchent une représentation symbolique d’une figure d’attachement bonne et consistante. Selon la théorie de l’attachement et la notion d’attachement symbolique, la fixation sur les parents se produirait en l’absence d’une figure d’attachement disponible. Le fait que la fixation sur les parents est plus fréquente chez les personnes vivant dans une structure d’hébergement à long terme que chez celles vivant à domicile (avec leur conjoint ou un membre de la famille) et que ce facteur environnemental est un prédicteur indépendant de cette fixation appuie l’idée selon laquelle ce phénomène se produit à la fois en réaction à l’environnement et à la non disponibilité d’une figure d’attachement.

 

En ce qui concerne le lien entre le niveau plus important de « conscience » pré-morbide et la fixation sur les parents, les auteurs suggèrent que les personnes qui, avant la « démence », avaient maintenu un haut sentiment d’identité et de sécurité en créant de l’ordre et en adoptant des standards élevés seraient moins capables de s’adapter à l’expérience de « démence » et auraient davantage besoin de la sécurité et de la réassurance apportées par des représentations d’attachement « sûres ».


Les relations entre manifestations comportementales de la fixation sur les parents et le faible fonctionnement exécutif pourraient être interprétées, selon les auteurs, en postulant une difficulté à inhiber des comportements inappropriés ou des impulsions. Pour ce qui est de l’effet du genre, il n’a pas été retrouvé dans deux autres études sur ce thème et mérite donc d’être exploré plus avant.

 

Il faut ajouter que seule une proportion modeste de la variance dans la fixation sur les parents et ses manifestations comportementales (29 et 65%) est expliquée par les modèles de régression, ce qui indique clairement que d’autres facteurs sont en jeu, lesquels devront faire l’objet d’explorations futures. De plus, cette étude n’est pas sans limite, notamment dans la plus ou moins bonne adéquation de certains outils d’évaluation.


Néanmoins, il s’agit d’une bonne illustration de la complexité des phénomènes (psychologiques et sociaux) en jeu dans les comportements problématiques des personnes âgées présentant une « démence ».

De façon plus spécifique, les résultats de ce travail indiquent en quoi il est essentiel à la fois de prendre en compte les caractéristiques psychologiques pré-morbides de la personne dans l’élaboration d’un plan de soins, de considérer l’expérience subjective de la personne et de favoriser le maintien et l’établissement de relations d’attachement.

 

fixation.jpg

 

©123rf

Osborne, H., Stokes, G., & Simpson, J. (2010). A psychosocial model of parent fixation on people with dementia: The role of personality and attachment. Aging & Mental Health, 14, 928-937.

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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 22:30

Les structures d’hébergements à long terme des personnes âgées fonctionnent encore trop souvent selon une culture centrée sur le soin médical, la sécurité et l’uniformité, plutôt que sur la qualité de vie des personnes, leur bien-être, leur ouverture vers la société, leurs souhaits spécifiques et le soutien à leur autonomie et au sentiment de contrôle de leur existence (voir notre chronique « Les structures d’hébergement à long terme des personnes âgées : la nécessité d’un changement de culture »).

 

Une des conséquences de ce mode de fonctionnement est l’hyper-médication des personnes âgées, avec tous les effets négatifs qui en découlent (voir nos chroniques « La prescription fréquente de médicaments psychotropes aux personnes ayant reçu le diagnostic de démence : une atteinte inacceptable à leurs droits » et « Une consommation élevée de médicaments dans les structures d’hébergement et de soin à long terme pour personnes âgées en Belgique »).

 

Dans cette perspective, Haw et Stubbs (2010) ont effectué une analyse des études publiées (encore peu nombreuses) qui se sont penchées sur l’administration dissimulée de médicaments aux personnes âgées, c’est-à-dire sans qu’elles en aient connaissance, sans que leur consentement soit obtenu, et ce en dissimulant les produits dans la boisson ou la nourriture.

 

Les résultats de cet examen (effectué sur 8 études publiées, dont 7 menées au Royaume-Uni, et un rapport) montrent que l’administration dissimulée de médicaments se produit dans 43 à 71 % des structures d’hébergement. Par ailleurs, au total, 1,5 à 17%  des personnes âgées ont reçu une médication de manière cachée. Il apparaît, en outre, que l’initiative de ce type de pratique est fréquemment prise de façon individuelle par le personnel infirmier, c’est-à-dire sans consulter une équipe pluridisciplinaire. Il faut relever que les soignants ne semblent pas toujours au clair sur le fait qu’un médicament ne devrait pas être fourni de façon cachée à des personnes ayant leurs capacités de discernement.

 

Comme l’indiquent Haw et Stubbs (reprenant divers textes juridiques et en lien avec les droits de l’homme), il doit y avoir une justification forte à une médication dissimulée et contrainte (certains médicaments anxiolytiques ou antipsychotiques pouvant être considérés comme des moyens d’entrave mentaux). Plus spécifiquement, il s’agit de respecter le principe d’une réponse proportionnée, en considérant que le dommage causé par le fait de ne pas administrer un médicament doit être plus important que le dommage provoqué par le fait de l’administrer de façon dissimulée (ce dommage incluant le tort que la tromperie sur la médication occasionne à la personne et tous les effets secondaires et risques associés à la médication en tant que telle).

 

La décision de donner une médication de façon dissimulée ne devrait être prise qu’après avoir consulté l’équipe pluridisciplinaire et d’autres personnes pertinentes, et ce, dans le cadre légal approprié. Une liste (« checklist ») des facteurs à prendre en compte pour préserver les intérêts de la personne âgée devrait être consultée, en commun avec les autres professionnels, afin de déterminer la meilleure façon de se comporter avec une personne qui refuse de prendre sa médication.

 

Par ailleurs, il apparaît que les membres du personnel soignant des structures d’hébergement à long terme devraient bénéficier de programmes d’information sur cette question, dans ses aspects juridiques et aussi pratiques (en incluant des analyses de cas).     

 

Notons, pour terminer, que, dans la seule étude examinée par Haw et Stubbs ayant exploré les pratiques de médication auprès de personnes âgées « démentes » vivant dans la communauté, il apparaît que 98% des proches aidants sont en faveur de l’utilisation dissimulée de médicaments pour soulager une souffrance psychologique importante et 10% rapportent dissimuler des médicaments dans la nourriture de leur proche, au moins chaque semaine.

 

De façon plus générale, des études ultérieures devraient être menées afin d’obtenir davantage de données sur cette question, dans d’autres pays, et ce, tant dans les structures d’hébergement à long terme que dans la communauté. 

 

medicaments_caches.jpg 

Haw, C., & Stubb, J. (2010). Covert administration of medication to older adults: a review of the literature et published studies. Journal of Psychiatric and Mental Health Nursing, 17, 761-768.

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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 08:35

 

Les repas sont essentiels à la survie physique, mais ils constituent également un moment privilégié d’expériences sensorielles, d’interactions sociales et d’échanges émotionnels. Ils permettent également d’exprimer son identité, via les préférences individuelles, ainsi que les rituels et les activités psychosociales qui entourent la prise de nourriture (Hunt & Chaudbury, 2010).

 

Dans cette perspective, les difficultés rencontrées dans les repas par les personnes présentant un vieillissement cérébral/problématique (une « démence ») et vivant dans une structure d’hébergement à long terme doivent faire l’objet d’une attention toute particulière et doivent être abordées dans une perspective multifactorielle (Aselage & Amella, 2010). Il s’agit de prendre en compte l’histoire antérieure des personnes en lien avec les repas (les facteurs sociaux, culturels et éducatifs ayant conduit à des rituels, préférences, attentes saisonnières, etc.), les caractéristiques du repas dans la structure d’hébergement (les composantes du repas, le rythme quotidien, la plus ou moins grande possibilité de manifester ses préférences), les interactions entre la personne, les autres résidants et les soignants, l’environnement du repas (le niveau de bruit, les interférences, le décor visuel et sonore, la taille et le caractère plus ou moins familial de la salle à manger, le choix des places), ainsi que les difficultés cognitives, socio-affectives et sensori-motrices pouvant affecter la compréhension de la situation de repas, l’adéquation des comportements, l’autonomie dans les repas et l’ingestion de nourriture.

 

Diverses études (voir Hung & Chaudhury, 2010 ; Aselage & Amella, 2010) ont ainsi montré que la consommation de nourriture est significativement accrue quand on montre aux résidants les nourritures disponibles et qu’on leur permet de choisir ce qu’ils souhaitent manger et en quelle quantité.

De même, il a été observé qu’un meilleur éclairage et un meilleur contraste (p. ex., entre l’assiette et la table ou entre la table et le sol) ont aussi un effet bénéfique.

Le fait de manger dans une salle à manger plus petite a également un effet positif.

La qualité des interactions entre le résidant et les soignants influe sur la quantité de nourriture consommée et la communication durant les repas est meilleure quand les mêmes membres du personnel s’occupent des repas des résidants.

Le fait d’écouter de la musique tout en mangeant est associé à moins d’irritabilité.

En outre, des effets bénéfiques en lien avec l’engagement dans les activités entourant le repas et dans les interactions sociales ont été relevés suite à la participation des résidants à la préparation des repas. Notons également que si des personnes avec des degrés variés de « démence » prennent ensemble les repas, en l’absence du personnel soignant, les personnes présentant moins de problèmes cognitifs aident celles qui sont plus gravement atteintes ; par contre, quand les membres du personnel redeviennent présents, toutes les tâches d’assistance au repas leur sont intégralement attribuées.

 

Les incapacités de manger : la nécessité d’une approche multifactorielle

 

Récemment, Slaughter et al. (2010) ont tenté, dans une étude prospective, de distinguer chez des personnes présentant une « démence » et vivant en institution, les difficultés dans l’alimentation (la prise de nourriture) qui pouvaient être assez directement associées aux manifestations problématiques de la « démence » de celles liées à d’autres facteurs (environnement, co-morbidités) et correspondant à des incapacités en excès (« excess disability »), potentiellement réversibles. Pour ce faire, ils ont suivi pendant une année 120 personnes ayant un âge moyen de 86 ans, résidant dans 15 institutions et présentant une « démence » modérée (avec la capacité de se déplacer et de se nourrir seules). En tout, 2606 repas ont été analysés et seule la première incapacité à manger (recevoir une assistance physique pour mettre l’aliment dans la bouche ou ne pas manger du tout) a été étudiée.

 

Une incapacité en excès était définie comme une discordance entre la capacité fonctionnelle observée et la capacité potentielle, plus importante que ce qui était attendu sur base des troubles « stables » (cognitifs, affectifs et physiques), de la personne. Plus concrètement, une incapacité en excès a été identifiée quand une récupération de la capacité à manger a ensuite été observée, ou quand l’incapacité de manger a été attribuée, de façon concordante par une personne proche et un soignant, à une cause autre que les troubles en lien avec la « démence ».

 

Une incapacité à manger a été observée chez 49 des 120 personnes, durant la période de suivi d’un an. Par ailleurs, 25 cas d’incapacité étaient une incapacité en excès (dans 22 cas, une récupération de la capacité de manger a été relevée et dans trois cas, l’incapacité a été attribuée à une autre cause - telle que fatigue, douleur au pied, nouveau neuroleptique, etc.). Une analyse plus globale sur l’ensemble des incapacités a par ailleurs mis en évidence trois prédicteurs significatifs des incapacités à manger : la sévérité de la « démence », la qualité du soutien environnemental (social et  physique) offert par l’institution et la présence de co-morbidités médicales et psychiatriques.

 

Cette étude comporte certaines limites, et en particulier l’absence d’analyse précise des difficultés rencontrées et une distinction par trop abrupte entre ce qui reviendrait à des troubles « irréversibles » et à des incapacités « réversibles ». Néanmoins, elle indique en quoi il importe de ne pas attribuer de façon automatique des incapacités (notamment des incapacités de manger) aux conséquences de la « démence » et des dysfonctionnements cérébraux qui en découleraient.

En d’autres termes, elle montre l’importance d’une approche multifactorielle.

 

Repas et identité

 

Dans une autre perspective, Hung et Chaudhury (2010) ont exploré qualitativement (via des entretiens, des observations, des réunions avec les soignants, etc.) les facteurs, lors des repas, qui contribuaient à renforcer ou à saper l’identité (l’individualité ou « personhood ») de personnes présentant une « démence ». Ces personnes résidaient dans deux structures d’hébergement à long terme : l’une comportait une grande salle à manger en L (avec 70 résidants dans une aile et 20-25, personnes nécessitant de l’aide dans l’autre, beaucoup de bruit, peu de prise en compte des besoins spécifiques des résidants, les repas préparés dans une cuisine centrale) ; l’autre comportait une petite salle à manger spécifique à une petite unité de 10-15 personnes (les repas étant préparés dans une cuisine centrale et apportés dans chaque unité, mais une petite cuisine au sein de chaque unité permettait de répondre aux préférences individuelles). Les résidants des deux structures étaient âgés respectivement de 88 ans et 89.1 ans, en moyenne.

 

L’analyse des observations et conversations (impliquant les résidants et les membres du personnel) ainsi que la confrontation des deux salles à manger ont permis de faire émerger 8 facteurs reliés aux dimensions d’identité (d’individualité) des expériences de repas (facteurs que les auteurs illustrent par des extraits de conversations et d’observations) :

 

* La vitesse avec laquelle le personnel interagit avec les résidants. Fournir des informations ou agir trop vite pour que le résidant puisse comprendre limite les interactions, ce qui conduit à une non prise en compte flexible des besoins du résidant. Beaucoup de personnes âgées indiquent se sentir perdues quand les membres du personnel agissent trop rapidement. Cette caractéristique des interactions durant le repas tient évidemment, en partie, à des facteurs institutionnels et environnementaux (nombre trop faible de membres du personnel, taille trop importante de la salle à manger et structure inadaptée de la salle à manger, comme la structure en L ne permettant pas percevoir les besoins des personnes présents dans l’autre aile, etc.).

 

* Prendre en compte les besoins du résidant. Il s’agit d’assurer l’aide et le confort en manifestant de l’empathie plutôt que de refuser de répondre aux questions ou d’ignorer les besoins évidents du résidant. Ici aussi, des facteurs institutionnels et environnementaux peuvent jouer un rôle, comme, par exemple, l’existence de toilettes très distantes de la salle à manger, incitant le personnel à refuser d’accompagner les résidants aux toilettes ou plus généralement d’interdire les toilettes durant le repas.

 

* La qualité de la stimulation durant le repas. Le bruit constitue une plainte importante des résidants dans la grande salle à manger. Un autre problème est la présence de personnes ayant un comportement verbal envahissant, ce que les membres du personnel de la petite unité peuvent gérer de façon plus individuelle et flexible. Dans la petite structure également, les membres du personnel font en sorte de cuire au four des gâteaux, ce qui diffuse des odeurs agréables ; la salle à manger est également décorée de babioles, images, rideaux, etc., ce qu’apprécient beaucoup les résidants, comme d’ailleurs, la possibilité qu’ils ont de regarder par la fenêtre (ce qui suscite des conversations et facilite l’attente).

 

* Le respect. Le fait de traiter les résidants comme des objets ou des enfants fait atteinte à leur dignité et provoque des comportements agressifs. Cette absence de respect est induite, en partie, par l’alignement des personnes dans la grande salle à manger et par la focalisation du personnel sur la tâche, plutôt que sur les résidants et leur qualité de vie. Une importante dimension en lien avec le respect est de connaître le détail des habitudes et préférences de chaque résidant en ce qui concerne l’alimentation et les rituels du repas (la kitchenette attenante à la petite salle à manger permettant de prendre en compte, en partie du moins, ces préférences ou habitudes)

.

* Reconnaître la réalité de ce que peuvent ressentir les résidants. Il s’agit de prendre en compte la réalité des résidants plutôt que de les blâmer pour leurs incapacités et de se focaliser sur leurs problèmes comportementaux.

 

* Reconnaître l’importance des interactions sociales entre les résidants eux-mêmes et entre les résidants et les soignants. Ainsi, être assis parmi un grand nombre de personnes dans une grande espace ou encore ne pas savoir pourquoi on est assis à une place plutôt qu’à une autre peut conduire le résidant à se sentir socialement isolé et provoquer de la désorientation.

 

* Permettre aux résidants d’exploiter leurs capacités préservées. Il s’agit d’un élément fondamental pour l’estime de soi et qui nécessite la mise en place d’interventions, taillées sur mesure en fonctions des difficultés spécifiques et des capacités préservées de chaque personne.

 

* Inclure le résidant dans les activités et les conversations. Ainsi, le fait que lesmembres du personnel parlent d’un résidant comme s’il n’était pas là  peut considérablement exacerber la détresse émotionnelle du résidant et réduire sa lucidité.

 

Cette étude montre en quoi des interventions visant à rendre les situations de repas plus aptes à renforcer l’identité de chaque résidant doivent aussi s’inscrire dans une perspective multifactorielle, incluant des aspects personnels, relationnels, institutionnels et environnementaux.

 

Dans la même perspective, un autre article récent  (Genoe et al., 2010) a montré en quoi le repas  constitue également une expérience-clé pour comprendre la qualité des relations qui unissent à sa famille une personne présentant une « démence » et vivant à domicile. Les auteurs indiquent aussi que l’accroissement de l’autonomie des personnes dans les repas et le renforcement de leur identité via les expériences de repas nécessitent divers types de stratégies, centrées sur de multiples facteurs.            

 

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©VIVA 2009, goûter intergénérationnel

 

Aselage, M.B., & Amella, E.J. (2010). An evolutionary analysis of mealtime difficulties in older adults with dementia. Journal of Clinical Nursing, 19, 33-41.

Genoe, R., Dupuis, S.L., Keller, H.H., Martin, L. S., Cassolato, C., & Edward, H.G. (2010). Honouring identity through mealtimes in families living with dementia. Journal of Aging Studies, 24, 181-193. 

Hung, L., & Chaudbury, H. (2010). Exploring personhood in dining experiences of residents with dementia in long-term facilities. Journal of Aging Studies, à paraître.

Slaughter, S.E., Eliasziw, M., Morgan, D., & Drummond, N. (2010). Incidence and predictors of eating disability among nursing home residents with middle-stage dementia. Clinical Nutrition, à paraître. 

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