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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur honoraire de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.

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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 15:56

 

Dans un article publié sur son blog (http://tribune-age.over-blog.com/), Richard Lefrançois (retraité et professeur associé à l’Université de Sherbrooke, sociologue et gérontologue) s’en prend vigoureusement aux chantres du néolibéralisme qui prennent les personnes âgées comme boucs émissaires de nos malheurs et qui énumèrent la liste des scénarios-catastrophes associés au vieillissement démographique : escalade des dépenses de santé, réduction du panier de soins, effondrement des régimes de retraite, conflit intergénérationnel, ralentissement de la croissance économique, chute importante de la productivité et de la créativité, avènement du pouvoir gris…

 

Sans adopter une approche triomphaliste qui, par exemple, verrait dans le développement des nouvelles technologies la solution à tous les problèmes (voir notre chronique « Vieillir en bonne santé: L’enthousiasme biotechnologique et biomédical de Patrick Aebischer, président de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne »), Richard Lefrançois montre en quoi l’implication sociale accrue des aînés est bénéfique à toute la collectivité, via leur apport en tant que «bénévoles, personnes soutien, mentors, dépositaires de notre héritage et gardiens de nos traditions ». Cet apport est d’autant plus important que « la société postmoderne lamine les valeurs fondamentales, dissout les repères identitaires, érode les acquis sociaux, se dérobe devant ses responsabilités et abdique face à l’avenir après avoir enterré le passé ». Selon lui, la prochaine génération de retraités contribuera également à dynamiser l’économie, notamment en suscitant le développement de produits (y compris de technologies) mieux adaptés à ces personnes, ainsi que la mise en place de services de proximité susceptibles de créer de l’emploi et d’intensifier la solidarité au sein de la communauté.

 

Ainsi, plutôt que de les dénigrer, il s’agirait de renforcer le potentiel des aînés, de briser leur isolement et de lever les obstacles qui compromettent leur participation citoyenne (et nous ajouterions, « même quand ils présentent un vieillissement cérébral/cognitif problématique »). Richard Lefrançois ajoute que « des retraités mieux informés, aguerris, autonomes et en santé pendant de longues années représentent un actif indéniable pour la société» et que, dès lors, il importe « d’investir davantage pour préserver le plus longtemps possible leur santé et de les valoriser en reconnaissant leur contribution ». Cette conception, qui voit dans les aînés une ressource vitale plutôt qu’un fardeau, impose aussi de s’affranchir des pièges du mirage postmoderne, à savoir « le consumérisme débridé, la performance narcissique, l’exaltation illusoire dans les jeux de hasard et l’épanouissement de soi au détriment de la solidarité ».

 

Dans un article récemment publié dans le journal romand « Le Temps » (« Opinions », dans l’édition du 20 janvier 2011), Thomas Mattig, directeur de Promotion Santé Suisse, insiste sur la nécessité de lancer en Suisse une politique nationale visant à promouvoir la santé des aînés via la mise en place de mesures de prévention et de structures de conseil. Il montre également en quoi cette politique doit avoir un caractère transversal, touchant de nombreux secteurs : aménagement du territoire, politique du logement et mobilité en passant par les soins et la prise en charge des personnes âgées jusqu’aux relations intergénérationnelles. Il conclut en insistant sur le fait qu’une vieillesse en bonne santé amènera à des économies, mais qu’en plus de l’argument pécuniaire, il s’agit aussi de considérer qu’ « avec l’âge se développent des qualités bénéfiques pour notre société », un capital-vieillesse dont il faut prendre soin.

 

Selon nous, la mise en place de mesures visant à valoriser et renforcer le potentiel des aînés, à faciliter leur participation citoyenne, à briser leur isolement et à maintenir le plus longtemps possible leur santé et leur autonomie passe par le développement de projets et de structures insérés dans les collectivités locales, en lien direct avec les services communaux, les associations, les structures d’hébergement à long terme, les médecins de famille, etc. Il s’agit donc d’envisager la personne dans son cadre de vie, en prenant en compte la signification et les implications des interventions pour la communauté (voir nos chroniques « Quand une absence d’efficacité d’un plan de soin destiné à des personnes ayant reçu le diagnostic de la soi-disant maladie d’Alzheimer n’étonne pas... » ; « Une autre façon d’organiser les cliniques de la mémoire ? ». 

 

Notons enfin que l’efficacité des interventions intégrées dans la communauté devrait idéalement être explorée au moyen de méthodologies adaptées, comme la recherche-action participative, dans laquelle les intervenants et les personnes âgées cherchent un terrain d’entente dans la définition du problème et dans l’identification de l’action qui en découlera, tout en faisant preuve de réalisme dans les attentes, en fonction du contexte (voir notre chronique « Un programme d’intervention participatif et communautaire destiné à des personnes présentant une démence légère et à leurs proches »).

 

Dans une prochaine chronique, nous décrirons les actions communautaires, préventives, intergénérationnelles et d’information que nous avons entreprises dans le cadre de l’Association VIVA (Valoriser et Intégrer pour Vieillir Autrement), association que nous avons créée à Lancy, une commune de la périphérie genevoise de près de 30'000 habitants.

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 11:30

Nous avons fréquemment évoqué l'importance des relations intergénérationnelles pour la qualité de vie, la capacité d’engagement et le sentiment d'appartenance à une communauté des personnes âgées - même celles présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique.

 

Plusieurs études ont exploré les effets des relations intergénérationnelles sur les personnes âgées. Dans l’ensemble, ces études suggèrent que les contextes intergénérationnels augmentent les émotions positives, l’estime de soi, la satisfaction de vie et stimulent le fonctionnement cognitif des personnes âgées (voir Kessler & Staudinger, 2007). Il a également été montré que le volontariat dans le cadre d’une école intergénérationnelle avait un effet bénéfique sur le fonctionnement de la mémoire dans la vie quotidienne, l’humeur positive ou le stress des personnes âgées, y compris celles ayant reçu un diagnostic de « démence » (Newman et al., 1995 ; George & Singer, 2010). On a aussi observé que les programmes intergénérationnels impliquant personnes âgées et adolescents pouvaient contribuer à la réduction des stéréotypes négatifs liés à l’âge (Fox & Giles, 1993). Cependant, ces travaux manquent le plus souvent de rigueur méthodologique et restent essentiellement athéoriques.

 

Quelques études mieux contrôlées ont toutefois été menées. Ainsi, par exemple, Adams et al. (2002) ont fait apprendre à des personnes âgées une histoire, puis leur ont demandé de les raconter de mémoire, soit à un enfant soit à un adulte. Les résultats montrent que les personnes âgées (des femmes âgées) rappellent plus d’éléments de l’histoire dans la condition où c’est un enfant qui est présent lors du rappel. En fait, dans cette condition, les femmes âgées rappellent autant d’éléments que des participants jeunes.

 

Dans une autre étude, Mergler et al. (1985) ont fait lire des textes par des lycéens, des personnes dans la cinquantaine et des personnes âgées, puis ont demandé à des étudiants (également lycéens) qui avaient assisté à la lecture de rappeler de mémoire les informations contenues dans le texte (ils n’avaient pas été prévenus préalablement qu’il s’agissait d’une tâche de mémoire). Les résultats montrent que les lycéens rappellent plus d’informations quand le texte a été lu par les personnes âgées.

 

Ces résultats sont compatibles avec l’idée selon laquelle la signification attachée à la situation influence lourdement l’importance avec laquelle une personne va engager ses ressources cognitives. Tant les personnes jeunes qu’âgées semblent percevoir les interactions intergénérationnelles et le transfert de connaissances qui en résulte comme une situation signifiante dans laquelle il vaut la peine d’investir ses ressources cognitives. 

 

Un modèle des interactions intergénérationnelles entre personnes âgées et adolescents

 

Dans une perspective théorique plus articulée, Kessler et Staudinger (2007) ont élaboré un modèle décrivant les processus psychologiques généraux impliqués dans les relations intergénérationnelles, en se focalisant plus particulièrement sur les relations entre personnes âgées et adolescents. Les auteures distinguent ainsi deux niveaux de mécanismes : le niveau motivationnel et le niveau des exigences contextuelles.

 

Au plan motivationnel, elles postulent qu’il y a une base motivationnelle positive et favorable sous-tendant les relations entre les personnes âgées et les adolescents, associée à un effet facilitateur, tant sur les difficultés cognitives et affectives des personnes âgées (performances cognitives plus faibles et difficultés d’appréhender des situations cognitives/affectives complexes) que sur les faiblesses des adolescents (notamment en lien avec les comportements prosociaux). Ces effets facilitateurs résulteraient des préoccupations motivationnelles respectives des personnes âgées et des adolescents : les personnes âgées seraient guidées par une préoccupation motivationnelle de « générativité » (« generativity »), incluant le souhait de transmettre leur expérience de vie aux jeunes générations, alors que la préoccupation motivationnelle dominante des adolescents serait liée à la formation de l’identité personnelle, ainsi qu’à la recherche d’informations sur soi et sur le monde permettant de répondre à de futurs défis.

 

Cependant, ces effets motivationnels facilitateurs ne s’exprimeraient que si les exigences spécifiques de la situation d’interaction le permettent : il s’agit d’une part que les personnes âgées puissent transmettre leur expérience de vie et d’autre part que la curiosité et l’attention des adolescents soient stimulées.

En d’autres termes, si la situation assigne un statut d’expert à la personne âgée, cela va activer la motivation de « générativité », amenant la personne âgée à vouloir se consacrer à la génération plus jeune, ce qui sera associé au sentiment de pouvoir s’exprimer et se développer au plan personnel. Cela se traduira par une activation des ressources cognitives, ainsi par une attitude de non répression et d’affirmation de soi, permettant une régulation émotionnelle de plus grande complexité.

En ce qui concerne les adolescents, il faut que la situation d’interaction intergénérationnelle stimule leur attention et leur intérêt, via la recherche d’informations sur leur identité personnelle et sur le monde. En observant les personnes âgées se consacrer aux autres (à eux), les adolescents présenteront un accroissement des comportements prosociaux et des buts liés aux relations interpersonnelles.

Par contre, si les contraintes de la situation attribuent un rôle d’expert aux adolescents et que, dès lors, les personnes âgées ne sont pas capables de transmettre leur expérience de vie, aucun effet facilitateur ne sera observé.

 

L’étude de Kessler et Staudinger (2007)

 

Dans une recherche à la méthodologie très sophistiquée et rigoureuse, Kessler et Staudinger (2007) ont testé expérimentalement leurs hypothèses en mettant des paires « femme âgée – adolescente » dans une situation de collaboration pour réaliser une tâche complexe (pendant 20 minutes).

 

Une des tâches concernait un problème existentiel, pour lequel la personne âgée était censée avoir un statut d’expert (« Une personne réalise qu’elle n’a pas accompli dans sa vie ce qu’elle avait initialement mis en route. Discutez avec votre partenaire ce que vous recommanderiez à cette personne. Qu’est ce qu’elle devrait prendre en compte ? ». L’autre tâche, en lien avec les médias, était censée donner un statut d’expert à l’adolescente (« Un réalisateur TV a l’intention de produire un programme destiné aux adolescents. Discutez avec votre partenaire ce que vous recommanderiez à cette personne. Qu’est ce qu’elle devrait prendre en compte ? »). 

 

Les participantes, 90 femmes âgées (70-74 ans) et 90 adolescentes (14-15 ans), ont été réparties dans trois conditions :

* Condition 1 (expérimentale) : une interaction personne âgée - adolescente dans la tâche liée au problème existentiel (donnant un statut d’expert à la personne âgée).

* Condition 2 (contrôle) : une interaction personne âgée – adolescente dans la tâche liée aux médias (donnant un statut d’expert à l’adolescente)

* Condition 3 (contrôle) : une interaction « même génération », personne âgée – personne âgée et adolescente-adolescente, dans la tâche liée au problème existentiel.

 

Les effets directs de l’interaction ont été évalués sur base des facteurs suivants :

* Le comportement prosocial (adolescentes) : les adolescents lisaient une lettre rédigée par une organisation sans but lucratif qui recrutait des volontaires adolescents pour aider des enfants et adolescents, malades à l’hôpital ; la variable dépendante était le choix des adolescentes d’être ou non volontaires, en prenant des contacts sous des formes diverses (écrire des lettres ou des courriels, téléphoner, etc.).

* Les buts relationnels (adolescentes) : les adolescentes devaient compléter des débuts de phrases (p. ex., « Au cours de l’année prochaine… ») et leurs productions étaient évaluées en déterminant si elles correspondaient à des souhaits, désirs, buts en lien avec soi ou autrui.

* La complexité cognitive-affective (personnes âgées) : il s’agissait d’évaluer la capacité d’envisager les personnes et les événements d’une manière ouverte, tolérante et complexe en se focalisant tant sur les aspects positifs que négatifs, de soi et des autres ; cette dimension psychologique a été évaluée via les idées spontanées émises par les personnes âgées en réaction à la présentation d’une situation ambiguë (par ex., « Une femme âgée se trouvant dans une ville dans laquelle elle n’a jamais été auparavant ». Les participantes devaient répondre pendant 5 minutes à trois questions : « Comment la femme a-t-elle pu arriver dans cette ville ? Que peut-elle bien faire là ? Que peut-elle penser et ressentir ? »). Les réponses étaient évaluées sur une échelle à quatre niveaux par deux juges indépendants : un score de niveau 4 était attribué si les réponses incluaient des perspectives multiples sur les raisons de la présence de la femme âgée dans la ville et si des sentiments et des pensées positifs et négatifs lui étaient attribués.

* Le fonctionnement cognitif (personnes âgées) : la vitesse mise pour comparer des lettres, la fluence verbale et le raisonnement logique ont été évalués ; les auteures prédisaient un effet spécifique de l’activation de la « générativité » sur les tâches ayant une composante de vitesse de traitement (comparaison de lettres et fluence verbale), et pas d’effet sur le raisonnement logique (impliquant davantage des processus de coordination).

Enfin, les participantes étaient soumises à des questions évaluant le degré avec lequel elles avaient ressenti une motivation de « générativité » (par ex., « J’ai été capable de transmettre beaucoup de choses à ma partenaire ») ou de « formation de l’identité » (par ex., « Je tenais à apprendre des expériences personnelles de ma partenaire »).

 

Résultats

 

Les résultats montrent tout d’abord que les participants dans la condition 1 (condition expérimentale) ont effectivement un niveau plus élevé de « générativité » (personnes âgées) et de formation de l’identité (adolescentes) que les participantes des conditions de contrôle.

 

De plus, une grande partie des hypothèses est confirmée :


* Les adolescentes ayant travaillé avec les femmes âgées sur un problème existentiel complexe (condition 1 expérimentale) ont montré plus de choix prosociaux que les adolescentes des deux autres conditions (aucun effet n’a cependant été observé pour les buts relationnels, ce qui a été interprété par les auteures comme résultant des réponses trop stéréotypées induites par la tâche de complétion de phrases).

* Les femmes âgées ayant travaillé avec les adolescentes sur un problème existentiel complexe (condition 1 expérimentale) obtenaient de meilleures performances en fluence verbale et en vitesse de traitement que les femmes âgées ayant travaillé avec les adolescentes sur un problème complexe en lien avec les médias (condition 2 de contrôle) ; aucune différence n’a cependant été observée entre les condition 1 et 3, les auteures suggérant que la condition 3 qui met en présence des paires de personnes âgées a pu être vécue comme une situation de compétition entre experts, laquelle semble stimuler les ressources cognitives des personnes âgées (Hess et al., 2001).

* Les femmes âgées ayant travaillé avec les adolescentes sur un problème existentiel complexe (condition 1 expérimentale) ont montré un niveau de complexité cognitive/affective plus élevé que les personnes âgées dans la condition 3 de contrôle ; une tendance à une plus grande complexité cognitive/affective dans la condition 2 que dans la condition 3 a aussi été observée, suggérant que la facilitation de la régulation émotionnelle dépendrait principalement de la mise en place d’une interaction intergénérationnelle, indépendamment du contexte de l’interaction.

 

Conclusions 

 

L’étude menée par Kessler et Staudinger fournit les premières données empiriques montrant le potentiel des interactions intergénérationnelles tant sur le fonctionnement psychologique (cognitif et affectif) des personnes âgées que sur le fonctionnement psychologique (prosocial et relationnel) des adolescents.


Les bénéfices de ces interactions semblent dépendre des exigences spécifiques de la situation d’interaction, permettant d’activer les préoccupations motivationnelles des personnes âgées (se consacrer aux générations plus jeunes) et des adolescents (formation de l’identité).

 

Ces données doivent permettre de guider l’élaboration de contextes favorables d’interactions entre personnes âgées et adolescents (en dehors des relations familiales habituelles).


Des travaux devraient également se pencher sur les bénéfices tirés de relations entre personnes âgées et enfants plus jeunes, ainsi que sur les conditions qui  modulent la présence de ces bénéfices, tant pour les personnes âgées que pour les plus jeunes.

 

Enfin, des recherches devraient aussi être entreprises pour explorer de manière systématique les effets bénéfiques des relations intergénérationnelles sur le fonctionnement psychologique (cognition, qualité de vie, le sentiment d’avoir des buts dans la vie, identité, sentiment d’appartenance à la communauté) des personnes âgées présentant un vieillissement cérébral/cognitif plus ou moins problématique.

L’influence des relations intergénérationnelles sur les stéréotypes et les stigmates associés à la « démence » devrait aussi être examinée.

 

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©123rf 

Fox, S., & Giles, H. (1993). Accomodating intergenerational contacts: A critical and theoretical model. Journal of Aging Studies, 7, 423-451.

George, D.R., & Singer, M.E. (2010). Intergenerational volunteering and quality of life for persons with mild to moderate dementia : Results from a 5-month intervention study in the United States. American Journal of Geriatric Psychiatry, à paraître.

Hess, T.M., Rosenberg, D.C., & Waters, S.J. (2001). Motivation and representational processes in adulthood: The effects of social accountability and information relevance. Psychology and Aging, 16, 629-642.

Kessler, E.-M., & Staudinger, U.M. (2007). Plasticity in old age: Micro and macro perspectives on social contexts. In H.-W. Whal, C., Tesch-Römer, & A. Hoff (Eds.), Emergence of new person-environment dynamics in old age: A multidisciplinary exploration. Amityville, NY: Baywood Publishing.

Kessler, E.-M., & Staudinger, U.M. (2007). Intergenerational potential: Effects of social interaction between older adults and adolescents. Psychology and Aging, 22, 690-704.

Newman, S., Karip, E., & Faux, R.B. (1995). Everyday memory function of older adults: The impact of intergenerational school volunteer programs. Educational Gerontology, 21, 569-580.

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 20:06

Plusieurs études ont mis en évidence l’effet protecteur des interactions sociales et d’un réseau social riche sur le développement d’un vieillissement cérébral/cognitif problématique (d’une « démence » ; voir Pillai & Verghese, 2009).

 

Cependant, comme l’indiquent Amieva et al. (2010), la richesse d’un réseau social ou des interactions sociales est difficile à capter et il existe d’ailleurs une grande variabilité dans la manière dont le réseau social est évalué. Sont ainsi pris en compte le statut marital, le nombre de liens sociaux, la fréquence des contacts, la satisfaction dans les relations et le soutien social perçu. Cette hétérogénéité dans les mesures rend difficile une comparaison précise des études et ne permet pas d’identifier les caractéristiques du réseau social et des interactions sociales qui contribuent le plus à l’effet protecteur sur l’apparition d’une « démence ». Ainsi, on peut notamment se demander si ce sont les caractéristiques structurelles du réseau social (comme, par exemple, la taille ou la fréquence des contacts) ou plutôt l’évaluation subjective qu’effectue la personne de son soutien social, ou les deux dimensions, qui ont un impact sur le développement de la « démence ».

 

Un autre problème, souligné par Pillai et Verghese (2009), porte sur la nature causale de la relation entre réseau social et « démence ». Il se pourrait en effet qu’un réseau social réduit ou appauvri n’influence pas le développement ou la progression de la « démence », mais qu’il soit en fait une conséquence de problèmes cognitifs ou socio-émotionnels débutants (causalité inverse). Une façon d’aborder cette question est de disposer d’un délai suffisamment important entre l’évaluation du réseau social et l’identification de la « démence ». Or, dans la majorité des études, ce délai est assez court, ne dépassant pas 5 ans. Une exception à ce constat est l’étude de Hakansson et al. (2009), qui a montré que le statut marital durant la cinquantaine avait un impact sur le fonctionnement cognitif évalué en moyenne 21 ans après (voir notre chronique « Le statut marital à la cinquantaine : un autre facteur impliqué dans le vieillissement cérébral/cognitif problématique »).

 

Afin de mieux comprendre l’influence bénéfique des relations sociales sur le « démence », Amieva et al. (2010) ont utilisé les données de l’étude PAQUID, une vaste étude prospective sur le vieillissement cognitif et la « démence » menée en France. L’intérêt de l’étude PAQUID est d’avoir mené un long suivi et d’avoir réalisé une évaluation détaillée des caractéristiques du réseau social des personnes.

L’échantillon examiné était constitué de 2’089 personnes (âgées en moyenne de 73.7 ans) ayant rempli le questionnaire sur le réseau social et n’ayant pas de « démence » lors de cette évaluation initiale. Ces personnes ont fait l’objet d’un suivi régulier dont la durée allait jusqu’à 15 ans. Afin de limiter le problème de la causalité inverse, seules les personnes ayant reçu un diagnostic de « démence » après 5, 8, 10, 13 et 15 ans ont été prises en compte.

 

Le questionnaire relatif au réseau social évaluait : 1. Le statut marital (marié, veuf, isolé, divorcé/séparé) ; 2. La taille du réseau social ou le nombre de personnes constituant le réseau social, y compris les enfants et conjoints (0-3, 4-7, >8) ; 3. La nature du réseau social (autant de membres de la famille que d’amis, plus de membres de la famille que d’amis, plus d’amis que de membres de la famille) ; 4. La satisfaction dans les relations sociales (satisfait, peu/pas satisfait) ; 5. La perception d’être compris/incompris (sentiment d’être compris par tous ou la plupart des gens, sentiment d’être compris par quelques personnes ou par aucune) ; 6. La réciprocité dans les relations (j’ai reçu plus que ce que j’ai donné aux autres ; j’ai donné plus aux autres que je leur ai donné ; j’ai reçu des autres autant que je leur ai donné).

Différents facteurs possiblement confondants ont été contrôlés : le genre, le niveau scolaire, le fonctionnement cognitif global (MMSE), le statut fonctionnel (IADL), la présence de maladies chroniques (y compris diabète et maladies cardiovasculaires) et le niveau d’affects positifs.

 

Dans le suivi (de 5 ans après l’évaluation initiale du réseau social à maximum 15 ans après), 461 personnes ont reçu le diagnostic de « démence » (dont 373 le diagnostic de « maladie d’Alzheimer »). En prenant en compte les 6 variables sociales, les analyses montrent que les seules variables associées au développement de la « démence » sont celles qui reflètent la qualité perçue des relations sociales : en effet, les personnes qui se sentaient satisfaites de leurs relations avaient un risque de « démence » réduit de 23% et celles qui rapportaient avoir reçu plus de soutien social  dans leur vie que d’en avoir donné avaient un risque réduit de « démence » de 55% (53% pour la « maladie d’Alzheimer »).

 

Cette étude montre donc que la perception subjective qu’ont les personnes de la qualité du soutien social qu’elles ont reçu est un facteur protecteur déterminant du développement d’un vieillissement cérébral/cognitif problématique. Un aspect important de cette recherche tient dans le long suivi qu’elle a adopté. Il faut cependant noter que les variables structurelles ont été évaluées de façon peu détaillées ; en particulier, la nature des relations sociales vécues par les personnes n’a pas été explorée. Par ailleurs, il se pourrait aussi que l’influence de certaines variables sociales ne se manifeste que quand elles sont évaluées plus tôt dans la vie (notamment dans la cinquantaine).

 

Ces données s’ajoutent à celles qui montrent que le sentiment perçu d’isolement social (la solitude) est un facteur de risque de fonctionnement cognitif global et de fonctionnement exécutif plus faibles (y compris chez des adultes jeunes), ainsi que de déclin cognitif et de « démence » chez les personnes âgées (voir Cacioppo & Hawkley, 2009).

 

Ainsi, par exemple, Wilson et al. (2007) ont eux aussi montré que le sentiment d’isolement constituait un facteur de risque de « démence » et que cette association subsistait quand l’isolement social objectif était pris en compte.

 

Il faut encore relever que ce sentiment d’isolement social est associé à davantage de symptômes dépressifs, à une sensibilité accrue aux informations sociales négatives, ainsi qu’à plus de colère et d’anxiété. Il a également été montré que les personnes qui se perçoivent comme isolées socialement sont davantage sensibles aux menaces sociales et présentent une tendance à développer des impressions négatives sur les autres et à être moins indulgents vis-à-vis d’autrui (ces biais contribuant à renforcer leur sentiment d’isolement). Notons également que la solitude semble contagieuse et se propage à d’autres dans le réseau social, probablement via les représentations sociales négatives et les interactions sociales négatives qui l’accompagnent, 

 

Les mécanismes impliqués dans l’association entre perception du soutien social et « démence » sont loin d’être compris. Cacioppo et Hawkley identifient plusieurs possibilités, non exclusives : activation accrue de l’axe du stress (HPA) et/ou des réponses inflammatoires ; plasticité comportementale et neuronale moindre ; réduction de l’engagement social ; réduction des ressources cognitives du fait d’une surveillance et d’une protection chroniques concernant les menaces sociales ; augmentation des symptômes dépressifs et/ou réduction de l’activité physique ; réduction du nombre et de la qualité des relations sociales ou encore diminution de la qualité du sommeil…          

 

Des études ultérieures devraient aussi s’atteler à identifier les aspects plus fondamentaux du fonctionnement psychologique des personnes (optimisme, biais de raisonnement, capacités plus ou moins adaptées de régulation, sentiment de continuité personnelle, estime de soi, etc., dans leurs composantes conscientes ou non conscientes) qui sous-tendent cette association, et ce en conjonction avec une exploration plus détaillée de la qualité des relations sociales vécues par les personnes.

 

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© Peter Whitehouse

 

Amieva, H., Stoykova, R., Matharan, F., Helmer, C., Antonucci, T.C., & Dartigues, J.-F. (2010). What aspects of social network are protective for dementia ? Not the quantity but the quality of social interactions is protective up to 15 years later. Psychosomatic Medicine, 72, 905-911.

Cacioppo, J.T., & Hawkley, L.C. (2009).  Perceived social isolation and cognition. Trends on Cognitive Sciences, 13, 447-454.

Pillai, J.A., & Verghese, J. (2009). Social networks and their role in preventing dementia. Indian Journal of Psychiatry, 51, 22-28.

Wilson , R.S., Krueger, K.R., Arnold, S.E., Schneider, J.A., Kelly, J.F., Barnes, L.L. et al. (2007). Loneliness and risk of Alzheimer disease. Archives of General Psychiatry, 64, 234-240.     

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 00:32

De nombreuses études ont montré que le fait de vivre en couple, ainsi que la qualité de la relation de couple, étaient positivement associés à la santé et à la longévité.


Seules quelques études ont spécifiquement exploré le lien entre le statut marital et le risque de vieillissement cérébral/cognitif problématique (de « démence »). La plupart d’entre elles ont observé que les personnes qui vivaient sans partenaire présentaient un risque accru de « démence » (voir Hakansson et al., 2009, pour les références de ces études). Cependant, la période de suivi dans ces recherches était relativement courte, allant de 3 à 10 ans. Même si un changement dans le statut marital des personnes âgées consécutif à des difficultés cognitives n’est vraisemblablement pas très fréquent, on ne peut pas exclure l’existence d’une causalité inverse, à savoir une augmentation du nombre du nombre de personnes vivant seules du fait de l’apparition de difficultés cognitives (Helmer, 2009).


Dans cette perspective, Hakansson et al. (2009) ont entrepris une étude prospective visant à évaluer dans quelle mesure le statut marital durant la cinquantaine avait un impact sur le fonctionnement cognitif évalué en moyenne 21 ans après. Plus spécifiquement, dans le cadre d’une vaste étude consacrée aux risques vasculaires de démence, ils ont suivi 1’449 personnes issues d’échantillons tirés aléatoirement dans les registres de population de deux régions en Finlande. Le statut marital des participants a été évalué quand ils avaient un âge moyen de 50,4 ans et leur statut cognitif (trouble cognitif léger, « maladie d’Alzheimer », autre « démence ») a été déterminé, selon une procédure très approfondie, quand ils avaient entre 65 et 79 ans. A partir de leur situation maritale (marié/vivant en couple, isolé, séparé/divorcé, veuf) lors de l’évaluation initiale et de l’examen cognitif ultérieur, différentes catégories ont été déterminées comme, par exemple, marié lors des deux évaluations, marié à la cinquantaine et veuf lors de l’évaluation ultérieure, etc.

Les résultats principaux montrent que les personnes qui vivent avec un partenaire (mariage ou concubinage) à la cinquantaine ont deux fois moins de risque de développer un trouble cognitif (trouble cognitif léger ou « démence ») que les personnes qui vivent seules (isolées, séparées/divorcées et veuves). Par ailleurs, les personnes divorcées et veuves à la cinquantaine et qui le sont encore lors de l’examen de suivi ont trois fois plus de risque de développer un trouble cognitif (trouble cognitif léger ou « démence ») que les personnes mariées ou vivant en couple. En outre, les personnes qui sont veuves à la cinquantaine et qui le restent ultérieurement ont un risque particulièrement important de développer une « maladie d’Alzheimer », avec un odds ratio (OR) de 7.67 (1.6 à 40), en comparaison aux personnes mariées ou vivant en couple. Enfin, le risque le plus élevé de développer une « maladie d’Alzheimer » s’observe chez les porteurs de l’ApoE4 qui ont perdu leur partenaire avant la cinquantaine (qui sont veufs ou divorcés lors de l’évaluation initiale) et qui le sont restés lors de l’évaluation de suivi. Notons enfin que l’accroissement du risque de trouble cognitif chez les personnes sans partenaire à la cinquantaine est présent tant chez les hommes que chez les femmes, avec un risque légèrement plus élevé chez les hommes (mais des conclusions solides ne peuvent être tirées concernant cette question, du fait d’échantillons trop restreints).

L’ensemble des associations observées se maintiennent après avoir contrôlé l’influence possible de différents facteurs : l’âge (au moment de l’évaluation cognitive), le niveau scolaire, le genre, ainsi que différents facteurs en lien avec la santé et le style de vie, mesurés lors de l’évaluation à la cinquantaine (tension artérielle systolique, taux de cholestérol, indice de masse corporelle, tabagisme, activité professionnelle, région de résidence, activité physique et symptômes de dépression).

 

Plusieurs facteurs sont très vraisemblablement impliqués dans l’influence du statut marital sur le risque de vieillissement cérébral/cognitif problématique. Il se pourrait ainsi que la réduction de risque de trouble cognitif en lien avec le fait de vivre avec un partenaire soit le reflet de la stimulation sociale et cognitive spécifiquement associée à la relation de couple. Mais d’autres facteurs non contrôlés dans cette étude pourraient aussi jouer un rôle, comme par exemple le niveau plus général d’engagement social et d’activités sociales (voir Helmer, 2009).

 

Ainsi, des études futures devraient évaluer de façon plus détaillée les caractéristiques de la vie des personnes et du couple et notamment le niveau de satisfaction par rapport à la relation ou l’engagement social tant au plan quantitatif que qualitatif. Par ailleurs, Hakansson et al. indiquent également que le risque particulièrement accru de problème cognitif observé chez les personnes veuves et divorcées à la cinquantaine et qui le sont restées jusqu’à l’évaluation cognitive de suivi pourrait être la conséquence d’un stress durable induit par le décès ou la séparation ainsi que des conséquence biologiques (notamment immunologiques) de ce stress. Il s’agit là aussi d’une hypothèse qui devrait être vérifiée empiriquement.

 

Quoi qu’il en soit, ces données suggèrent l’importance qu’il y aurait à encourager les personnes sans partenaire (en particulier les personnes veuves) à accroître leur engagement social via différents types d’activités.          

 

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© Andy Dean - Fotolia.com 

Hakansson, K., Rovio, S., Helkala, E.-L., Vilska, A.-R., Winblad, B., Soininen, H., et al. (2009). Association between mid-life marital status and cognitive function in later life: population based cohort. British Medical Journal, 2009;339:b2462 (doi:10.1136/bmj.b2462)

Helmer, C. (2009). Dementia and marital status at midlife and late life. Risk is increased in people who are unmarried, especially if they are widowed (Editorials). British Medical Journal, 2009;339:b1690 (doi:10.1136/bmj.b1690) 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 23:03

Dans une chronique précédente (« Diabète de type 2 et troubles cognitifs chez les personnes âgées : des relations complexes… »), nous avons rapporté les résultats d’une étude de McFall et al. (2010) qui visait à identifier les médiateurs et modérateurs des relations entre diabète de type 2 et déficits cognitifs chez les personnes âgées. Ces résultats ont montré que trois facteurs (pression artérielle systolique, évaluation subjective de la santé et un score de marche et d’équilibre) constituent des médiateurs significatifs (c’est-à-dire rendent compte de façon importante) de ces relations. Nous indiquions en quoi des études futures devraient s’atteler à déterminer de manière plus précise les mécanismes en jeu, notamment pour ce qui est du rôle médiateur de la marche et l’équilibre.

 

De nombreuses données montrent que la marche et le fonctionnement cognitif sont intrinsèquement liés (Scherder et al., 2007). En d’autres termes, il apparaît que la marche ne devrait plus être considérée comme une activité motrice simple et automatique, mais comme une activité complexe, impliquant l’intégration de différents processus sensoriels, moteurs et cognitifs (attention, mémoire, fonctions exécutives, etc.). Ainsi, par exemple, Yogev-Seligmann et al. (2008) ont proposé un cadre théorique montrant en quoi différents types de fonctions exécutives (initiation de l’action, conscience de soi, planification, inhibition de réponses dominantes et inhibition de distracteurs externes, contrôle de la réponse, coordination de tâches doubles) sont associés à différentes dimensions de la marche. Ils ont également passé en revue les études qui ont montré un lien significatif entre marche et fonctions exécutives, et en particulier la coordination de tâches doubles.

 

Dans la même perspective, Scherder et al. (2007; voir également Canavan et al., 2009) montrent que les problèmes de marche et d’équilibre (sur plusieurs dimensions) sont présents chez les personnes âgées « non démentes » et chez les personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique (une « démence »). Récemment, Allali et al. (2010) ont mis en évidence un lien spécifique entre la variabilité de la durée du pas en condition de marche simple et de marche avec comptage à rebours et un vieillissement cérébral/cognitif surtout caractérisé par des problèmes exécutifs  (une « démence fronto-temporale »).

 

Par ailleurs, dans une étude prospective menée auprès de 427 personnes âgées de 70 ans et plus (399 étant initialement sans « démence »), avec un suivi de 5 ans, Verghese et al. (2010) observent que des mesures quantitatives initiales des problèmes de marche (rassemblées en 3 facteurs : pas/allure, rythme et variabilité) prédisent le risque de déclin cognitif et de « démence » chez des personnes initialement sans « démence ». Plus spécifiquement, le facteur « pas/allure » est associé à un déclin des fonctions exécutives et le facteur « rythme » à un déclin de la mémoire. Par ailleurs, les facteurs « rythme » et « variabilité » sont associés à un risque accru de « démence ». Notons également que plusieurs études ont montré l’effet bénéfique de l’activité physique sur le risque de développer ultérieurement une « démence » (voir notre chronique « Des conclusions par trop négatives concernant la prévention du déclin cognitif ! »). Il a en outre été montré que l’amélioration de la vitesse de marche conduit à une réduction substantielle de la mortalité chez les personnes âgées (Hardy et al., 2007).

 

Dans une approche davantage multifactorielle, Delbaere et al. (2010) ont tenté de mieux comprendre les différents facteurs impliqués dans les chutes des personnes âgées au moyen d’une étude prospective de cohorte. Ils ont suivi, pendant une période de 12 mois, 500 personnes issues de la communauté et âgées de 70 à 90 ans. Tous les participants ont été soumis à une évaluation très détaillée portant sur leur état physique, leurs incapacités, l’exercice physique pratiqué et leur qualité de vie, ainsi que leur état cognitif et psychoaffectif. Les « chuteurs » étaient définis comme les personnes ayant été victimes d’au moins une chute avec blessure ou d’au moins deux chutes sans blessure durant la période de suivi.

 

Des analyses de régression univariées ont mis en évidence les facteurs de risque de chute suivants : le niveau d’incapacité dans la vie quotidienne, des performances faibles à des tests physiques et physiologiques, des symptômes dépressifs, un faible fonctionnement exécutif (Trailmaking), des inquiétudes concernant les chutes et la survenue antérieure de chutes. Des analyses complémentaires (arbre de régression et de classification) ont révélé que les troubles de l’équilibre constituaient le prédicteur critique des chutes. Par ailleurs, chez les personnes avec un bon équilibre, le niveau d’incapacité et le niveau d’exercice physique régulier influencent le risque de chutes futures, alors que, chez les personnes avec un problème d’équilibre, ce sont les difficultés exécutives, un mauvais équilibre dynamique (stabilité coordonnée) et un faible niveau d’exercice physique régulier qui modulent ce risque. Cette étude comporte certaines limites, dont une évaluation assez rudimentaire du fonctionnement cognitif et un échantillon avec une prévalence élevée de chute unique durant la période de suivi. Néanmoins, elle montre que la réduction du risque de chutes nécessite la mise en place d’interventions à différents niveaux (physique et psychologique).

 

La marche et le fonctionnement cognitif paraissent donc entretenir des relations mutuelles : la marche influe sur le fonctionnement cognitif et, réciproquement, le fonctionnement cognitif influe sur les capacités de marche. La nature de ces relations n’est pas encore parfaitement comprise. En particulier, les facteurs impliqués dans le rôle médiateur des capacités de marche et d’équilibre sur l’apparition de difficultés cognitives (voir par exemple McFall et al., 2010) restent à déterminer. Il est vraisemblable que la marche apporte des bénéfices au plan cognitif via des mécanismes de nature différente (physiologiques, cognitifs, neurobiologiques, motivationnels, etc.).

 

Quoi qu’il en soit, il apparaît pertinent de tenter d’optimiser les capacités de marche des personnes âgées, avec ou sans vieillissement cognitif/cérébral problématique, y compris celles résidant dans des structures d’hébergement à long terme (voir Canavan et al., 2009), à la fois dans le but d’optimiser leur fonctionnement cognitif, mais aussi d’accroître leur autonomie et leurs capacités de contacts et d’engagement sociaux et, plus largement, d’augmenter leur espace de vie (voir notre chronique « Les liens entre l’espace de vie et le risque de mortalité chez les personnes âgées »). De même, il s’agirait d’intervenir au plan cognitif afin d’accroître les capacités de marche, ce qui, en retour, serait susceptible d’améliorer le fonctionnement cognitif et, plus généralement, le fonctionnement psychologique.

 

Les interventions

 

Il existe encore peu de travaux ayant exploré l’influence d’un entraînement à la marche sur le fonctionnement cognitif des personnes âgées et, en outre, les résultats obtenus sont assez hétérogènes (Scherder et al., 2007). Plusieurs facteurs peuvent rendre compte de ces incohérences : intervention trop courte, intervention non adaptée aux difficultés de marche spécifiques, hétérogénéité des problèmes cognitifs, etc.

 

Peu de recherches se sont également penchées sur l’effet d’une intervention cognitive sur les capacités de marche (Yogev-Seligmann et al., 2008). Néanmoins, dans un essai randomisé contrôlé d’une durée de 12 semaines et mené auprès de 60 personnes « démentes » et âgées en moyenne de 80 ans, Schwenk et al. (2010) ont montré qu’il était possible d’améliorer les performances des participants dans une situation de marche en double tâche à la suite d’un programme d’entraînement spécifiquement focalisé sur la réalisation de tâches doubles. Le groupe de contrôle effectuait des exercices physiques, non spécifiques et de faible intensité. Le groupe « intervention » était soumis à un programme d’entraînement aux tâches doubles proposant divers exercices de complexité croissante et impliquant la réalisation simultanée de tâches motrices (comme, par exemple, jeter ou attraper une balle, marcher en jetant ou attrapant une balle, faire un pas en arrière en jetant ou attrapant une balle, effectuer des formes simples de pas de danse) et de tâches cognitives (comme, par exemple, répéter des noms d’animaux, effectuer des tâches de calcul plus ou moins automatisées). Après l’intervention, les personnes âgées ont montré une réduction significative du coût de la double tâche sur la vitesse de marche et d’autres aspects de la marche (cadence, longueur et durée du pas, etc.), et ce essentiellement dans la situation de tâche double la plus complexe. Il faut noter enfin que le programme d’entraînement n’a eu des effets bénéfiques que sur les situations de double tâche et pas sur d’autres activités cognitives, suggérant ainsi la spécificité de cette intervention.

 

Enfin, un lien entre une amélioration des fonctions exécutives/ attentionnelles et une amélioration de la vitesse de marche a récemment été observé par Liu-Ambrose et al. (2010). En fait, les auteurs ont exploré, dans une étude randomisée contrôlée, l’efficacité d’un programme d’entraînement de la résistance physique (une fois par semaine et deux fois par semaine) sur le fonctionnement exécutif de femmes âgées issues de la communauté et âgées de 65 à 75 ans, en comparaison avec un programme d’entraînement impliquant des exercices divers (d’étirement, d’équilibre, de relaxation). Les résultats montrent que le programme de résistance physique (une fois ou deux fois par semaine) améliore significativement la performance à la tâche de Stroop, en comparaison au programme de contrôle. Par ailleurs, l’amélioration à la tâche de Stroop s’accompagne d’une augmentation significative de la vitesse de marche.

    

Une approche intergénérationnelle

 

Granacher et al. (2010) suggèrent d’adopter une approche intergénérationnelle visant à améliorer l’équilibre et la force dans le but de prévenir les chutes, tant chez les enfants que chez les personnes âgées. Ils montrent en effet que le contrôle postural statique suit une courbe en U, les enfants et les personnes âgées présentant un balancement postural plus important que les adultes jeunes. De plus, les mesures de contrôle postural dynamique (la vitesse de marche), ainsi que de force musculaire isométrique (la force maximale) et dynamique (puissance musculaire) suivent une courbe en U inversé, de nouveau avec les enfants et les personnes âgées présentant des performances moindres que les adultes jeunes. Ils décrivent également plusieurs études suggérant que des programmes d’entraînement puissent optimiser l’équilibre et la résistance, tant chez les enfants que chez les personnes âgées, et que ces programmes conduisent à une réduction des blessures et des chutes dans ces groupes d’âge.

 

Enfin, les auteurs présentent une approche intergénérationnelle susceptible de rendre ces programmes d’entraînement plus efficaces, comme le suggèrent d’ailleurs les quelques études ayant déjà exploré l’intérêt d’une telle approche. Plus globalement, Granacher et al. décrivent un projet de centre intergénérationnel dont ils examinent actuellement la faisabilité et qui a pour but de promouvoir un style de vie sain chez les enfants et les personnes âgées. Ce centre part de l’idée selon laquelle les enfants et les personnes âgées peuvent bénéficier des mêmes services et programmes et interagir durant des activités intergénérationnelles planifiées, ainsi que des rencontres informelles. Ce centre se structure autour de deux composantes principales : l’une pour les personnes âgées (un complexe de logement, avec des services) et l’autre pour les enfants (jardin d’enfants et crèche). De plus, il existe des activités pouvant être partagées par les personnes des deux groupes d’âge (entraînement physique, cuisine, chant, etc.). Enfin, des lieux sont aménagés afin de permettre tant aux enfants qu’aux personnes âgées de se rencontrer, comme, par exemple, des places équipées en matériel de jeu et d’exercice physique (permettant d’entraîner la force et l’équilibre).

 

Une approche intergénérationnelle nous paraît riche de promesses, tant dans le domaine de l’activité physique que dans d’autres domaines, comme celui de l’engagement social, la culture, la vie dans les structures d’hébergement à long terme, etc. Nous pensons néanmoins qu’il faut éviter la création de centres intergénérationnels dans lesquels les personnes âgées seraient déconnectées de la société et ne garderaient que des contacts organisés et ponctuels avec les enfants. Pour ce qui est plus spécifiquement de l’entraînement physique, l’installation dans les places de jeu pour enfants d’équipements permettant aux personnes âgées d’entraîner leur force, résistance et équilibre constitue un objectif aisément réalisable.

 

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©VIVA 2010, Marche intergénérationnelle "Suivez les guides"

entre Petit et Grand-Lancy, le 12 juin 2010

 

Allali, G., Dubois, B., Assal, F., Lallart, E., de Souza, L.C., Bertoux, M., et al. (2010). Frontotemporal dementia: Pathology of gait ? Movement Disorders, 25, 731-737.

Canavan, P.K., Cahalin, L.P., Lowe, S., Fitzpatrick, D., Harris, M., & Plummer-D’Amato, P.  (2009). Managing gait disorders in older persons residing in nursing homes: A review of the literature. Journal of the American Medical Directors Association, 4, 230-237.  

Delbaere, K., Close, J.C.T., Heim, J., Sachdev, P.S., Brodaty, H., Slavin, M.J., et al. (2010). A multifactorial approach to understanding fall risk in older people. Journal of the American Geriatrics Society, 58, 1679-1685. 

Granacher, U., Muehelbauer, Gollhofer, A., Kressig, R.W., & Zahner, L. (2010). An intergenerational approach in the promotion of balance and strength for fall prevention – A mini-review. Gerontology, à paraître.

Hardy, S.E., Perera, S., Roumani, Y.F., Chandler, J.M., & Studenski, S.A. (2007). Improvement in usual gait speed predicts better survival in older adults. Journal of the American Geriatrics Society, 55, 1727-1734.

Liu-Ambrose, T., Nagamatsu, L.S., Graf, P., Beattie, B.L., Ashe, M.C., & Handy, T.C. (2010). Resistance training and executive functions. A 12-month randomized controlled trial. Archives of Internal Medicine, 170, 170-178.

McFall, G.P., Geall, B.P., Fischer, A.L., Dolcos, S., & Dixon, R.A. (2010). Testing covariates of type 2 diabetes-cognition associations in older adults: Moderating or mediating effects? Neuropsychology, 24, 547-562.

Scherder, E., Eggeremont, L., Swaab, D., van Heuvelen, M., Kamsma, Y., de Greef, M., et al. (2007). Gait in ageing and associated dementias; its relationship with cognition. Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 31, 485-497.

Schwenk, M., Zieschang, T., Oster, P., & Hauer, K. (2010), Dual-task performances can be improved in patients with dementia. A randomized controlled trial. Neurology, 74, 1961-1968.

Verghese, J., Wang, C., Lipton, R.B., Holtzer, R., & Xue, X. (2007). Quantitative gait dysfunction and risk of cognitive decline and dementia. Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry, 78, 929-935.

Yogev-Seligmann, G., Hausdorff, J.M., & Giladi, N. (2008). The role of executive function and attention in gait. Movement Disorders, 3, 329-342.  

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 09:41

« La technologie ne doit pas infantiliser et isoler les plus âgés, elle doit créer du lien » : c’est la phrase qui se trouve en exergue du livre « Bien Vieillir grâce au numérique » rédigé par Carole-Anne Rivière et Amandine Brugière et paru récemment chez FYP Editions. Dans le deuxième chapitre de cet ouvrage, accessible librement via ce lien, les auteures indiquent en quoi les nouvelles technologies peuvent être utilisées pour le bien, mais aussi pour le pire, des personnes âgées.

 

Ainsi, elles montrent qu’en l’absence d’une approche préventive et sociale du vieillissement (nous ajouterions en l’absence d’une « approche globale » de la personne âgée), les dispositifs de détection (téléassistance, bracelets de localisation, capteurs de toutes sortes) peuvent conduire, sous couvert de gestion des risques, à une surveillance permanente, une déresponsabilisation, une anxiété et une dépendance aux équipements (conduisant à davantage d’isolement et d’enfermement), ainsi qu’à une atteinte à la dignité des personnes et au sentiment de contrôle de leur existence.

 

Il s’agit donc de concevoir des aides technologiques qui fournissent un appui à l’autonomie et qui permettent au maximum à la personne d’agir par elle-même face à ses difficultés, sans dépendre d’une intervention externe. Comme le relèvent les auteures, « […] il n’y a pas d’âge ni de seuil de dépendance qui empêchent de penser le rôle de la technologie pour l’autonomie ».

 

Par ailleurs, les auteures décrivent bien ce que l’internet représente comme changement fondamental pour les personnes âgées, en ce qu’il fait passer la vie quotidienne (acheter, s’informer, conserver des documents, etc.) et la communication du « présentiel » au « virtuel ». Les personnes âgées trouvent néanmoins une motivation importante à adopter l’internet, en ce qu’il permet un accès et une « co-présence » aux autres, indépendamment de la distance.

 

Les offres de formation à l’utilisation d’internet destinées aux personnes âgées se multiplient et il apparaît que les ateliers collectifs constituent une réponse particulièrement adaptée, en offrant un espace de contacts sociaux et de stimulation. Par ailleurs, Rivière et Brugière relèvent que l’appropriation de l’internet par les personnes âgées ne dépend pas uniquement de la maîtrise de l’interface avec l’ordinateur mais aussi, et surtout, du sentiment que cette technologie accroît, ou rétablit, la maîtrise qu’elles ont sur leur vie quotidienne, ainsi que de l’appropriation collective (par la famille, les amis, le personnel de l’institution) de cette technologie. Elles indiquent également en quoi la simplification des interfaces, « à l’usage des personnes âgées », peut être contre-productive, en suggérant une moindre capacité à comprendre, à apprendre, à interagir et en conduisant ainsi à une réduction de l’estime de soi et de la motivation. Comme dans d’autres domaines, il s’agit de prendre en compte l’extrême hétérogénéité des personnes âgées, ainsi que la dynamique du vieillissement, et d’adapter les technologies aux aspirations et caractéristiques spécifiques de la personne. Les interfaces tactiles, qui font appel au geste et au toucher, semblent néanmoins offrir des perspectives intéressantes, exploitables à tout âge.

Ce chapitre éclaire de manière judicieuse, et illustre par de nombreux exemples, à la fois les apports possibles et les dangers des nouvelles technologies pour les personnes âgées et il donne envie de consulter l’ouvrage entier. Il est cependant un point dans ce chapitre qui  aurait mérité un peu plus de recul critique : il s’agit de l’utilisation  de l’ordinateur à des fins d’entraînement cognitif (même si les auteures mentionnent que « Le jardinage au milieu d’une journée bien remplie procure du plaisir et stimule autant les capacités d’anticipation, d’attention, de mémoire, d’inventivité qu’un entraînement cognitif sur ordinateur »). Si les jeux cognitifs informatisés semblent pouvoir améliorer certains processus perceptifs, attentionnels ou de coordination visuo-motrice (Green & Bavelier, 2008), leur efficacité au plan de la prévention des difficultés cognitives dans la vie quotidienne des personnes âgées et de l’augmentation de leur qualité de vie est très loin d’être démontrée. Il existe même des données suggérant que la pratique fréquente des jeux vidéo puisse avoir des effets néfastes sur la capacité de contrôle proactif, à savoir la capacité de maintenir des traitements dirigés par un but, quand on est confronté à des distracteurs ou à différentes possibilités de réponses (Bailey et al., 2010). Mais, bien entendu, ce qui n’est pas à démontrer, c’est le marché juteux potentiel que représentent les personnes âgées pour les marchands de jeux vidéo…

Un facteur qui semble par contre plus efficace, c’est l’engagement actif des personnes âgées dans des activités (éducatives, sociales, militantes, etc.) ayant une signification personnelle (voir notre chronique « Des buts dans la vie et une existence qui a un sens réduisent le risque de vieillissement problématique ») et les nouvelles technologies peuvent, dans une certaine mesure, contribuer à cet engagement….

Un article récent, Niemeijer et al. (2010) s’est penché sur les préoccupations éthiques et pratiques en lien avec l’utilisation des technologies de surveillance dans les structures d’hébergement à long terme pour personnes « démentes » et celles présentant un « retard mental », et ce via l’examen de 79 articles ayant abordé cette question. Les auteurs montrent qu’il n’existe aucun consensus concernant une contribution, éthiquement acceptable, des technologies de surveillance à la qualité des soins et interventions proposées aux résidents. Ils indiquent également en quoi la question éthique est peu élaborée et aussi en quoi le point de vue des résidents est largement négligé. En fait, quand il y a débat, il se focalise essentiellement sur l’acceptabilité morale des effets des technologies de surveillance, quand il existe un conflit entre les intérêts de l’institution et les intérêts des résidants. Du point de vue de l’institution, on constate que la sécurité est le facteur clé qui conduit à décider de l’utilisation de ces technologies. Les auteurs en appellent à davantage de réflexion théorique et de recherche empirique (incluant le point de vue des résidants) sur ces questions.

Plus largement, il y a un urgent besoin de recherches de psychologie appliquée visant à explorer les différents facteurs contribuant à des interactions entre les personnes âgées et les nouvelles technologies, qui soient à la fois efficaces, bénéfiques et respectueuses de la dignité et des droits des personnes. Il s’agira de prendre en compte les caractéristiques psychologiques (notamment cognitives) spécifiques, ainsi que les besoins, préférences et souhaits des personnes âgées, et aussi de les impliquer directement dans le processus de recherche (Rogers & Fisk, 2010). Il faut noter que ces recherches de nature appliquée peuvent, en retour, nous permettre de mieux comprendre les multiples facteurs qui modulent le vieillissement cognitif.

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Bailey, K., West, R., & Anderson, C.A. (2010). A negative association between video game experience and proactive cognitive control. Psychophysiology, 47, 34-42.

Green, C.S. (2008). Exercising your brain: A review of human brain plasticity and training-induced learning. Psychology and Aging, 23, 692-701.

Niemeijer, A., R., Frederiks, B.J.M., Riphagen, I.I., Legemaate, J., Eefsting, J.A., & Herthog, C.M.P.M. (2010). Ethical and practical concerns of surveillance technologies in residential care for people with dementia or intellectual disabilities: an overview of the literature. International Psychogeriatrics, 22, 1129-1142.

Rogers, W.A., & Fisk, A.D. (2010). Toward a psychological science of advanced technology design for older people. Journal of Gerontology: Psychological Science, à paraître

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 23:48

Le fait d’avoir des buts dans la vie et de donner une signification à son existence semble être associé à un risque moindre de développer une « démence » (Boyle et al., 2010 ; voir notre chronique « Des buts dans la vie et une existence qui a un sens réduisent le risque de vieillissement problématique »). Il apparaît donc important de favoriser l’engagement actif des personnes âgées dans des activités (éducatives, sociales, familiales, environnementales, etc.) ayant une signification personnelle. 

Dans leur livre « Le mythe de la maladie d’Alzheimer », Peter Whitehouse et Daniel George insistent beaucoup sur l’importance d’un engagement des personnes âgées au sein de la communauté, de préférence à visée altruiste et en particulier au bénéfice des jeunes générations. Il s’agit d’une invitation à concevoir le vieillissement comme un processus dynamique de transformation, une nouvelle phase de l’existence durant laquelle les acquis de toute une vie peuvent être mis à profit pour soi et pour la communauté (voir notre chronique « L'engagement à tout âge ou la révolution des grands-mères »).

 

L’initiative de Cathy et Peter Whitehouse consistant à impliquer les personnes âgées, y compris celles présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique (une « démence »), dans le suivi scolaire des enfants au sein de l’Ecole Intergénérationnelle qu’ils ont fondée, constitue une illustration particulièrement intéressante et novatrice de ce type de démarche ( voir également Whitehouse, George, & Whitehouse, 2010). 

George et Whitehouse (2010 ; voir aussi George, 2009) ont montré, dans une étude pilote, les effets bénéfiques pour les personnes âgées avec troubles cognitifs d'un programme de bénévolat dans cette école intergénérationnelle. Plus spécifiquement, ils ont mis en évidence, via des analyses quantitatives et qualitatives, que l’implication de personnes âgées (dont certaines avaient reçu le diagnostic de « maladie d’Alzheimer ») dans une activité bénévole auprès d’enfants et d’adolescents de 5 à 14 ans (soutien à la lecture et à l’écriture, chant, sessions de réminiscence de l’histoire de vie) conduisait à une amélioration de la qualité de vie des participants en comparaison à un groupe de contrôle qui avait participé à un atelier portant sur des thèmes divers (bien-être, créativité, spiritualité, etc.). Cette amélioration de la qualité de vie apparaissait, via une analyse qualitative, comme émergeant d’une stimulation cognitive et d’une amélioration de l’humeur, du sentiment d’avoir un but dans la vie et d’être utile et du développement de relations riches et durables avec les élèves. L’analyse quantitative a confirmé les données de l’analyse qualitative et a aussi montré une réduction significative du stress dans le groupe d’engagement intergénérationnel. Il s’agit cependant des résultats d’une étude pilote, obtenus sur des groupes restreints de participants (respectivement 8 et 7 pour les groupes d’engagement intergénérationnel et de contrôle). Néanmoins, ces résultats sont très encourageants et en appellent à de nouvelles études.

 

Par ailleurs, quelques recherches se sont intéressées aux effets du bénévolat sur le fonctionnement cognitif et plus largement sur la santé des personnes âgées ne présentant pas de vieillissement cérébral/cognitif problématique (de « démence ») et issues de la communauté. Ainsi, dans une étude randomisée, Carlson et al. (2008) ont examiné les effets de l’engagement de personnes âgées dans un programme de bénévolat (« Experience Corps Program ») destiné à aider les enfants de l’école élémentaire dans les activités de lecture, à installer et gérer une bibliothèque scolaire et à apprendre aux enfants des stratégies de résolution de conflit (à l’intérieur et à l’extérieur de l’école). Les participants du groupe de bénévoles (70 participants) ont préalablement reçu un entraînement spécifique et ont ensuite appliqué le programme durant une année scolaire, à raison de 15 heures par semaine. Les 58 participants du groupe de comparaison étaient attribués à une liste d’attente. Une comparaison de l’évaluation pré-programme avec les évaluations de suivi après 4, 6 et 8 mois de participation au programme a montré une amélioration tendancielle dans le fonctionnement de la mémoire (rappel de mots) et des fonctions exécutives (Trailmaking) pour le groupe de bénévoles (après avoir pris en compte la durée de participation au programme). Par ailleurs, cette amélioration s’est avérée plus importante et significative pour les bénévoles qui présentaient des difficultés exécutives lors de l’évaluation initiale. Ces résultats sont eux-aussi prometteurs et suggèrent la mise en place d’étude à plus grande échelle, ainsi que de recherches visant à mieux comprendre les mécanismes impliqués dans les effets de ce type de volontariat.

 

Notons par ailleurs qu’une autre étude pilote menée par Carlsson et al (2010) a confirmé la présence d’une amélioration des fonctions exécutives suite à la participation, pendant 6 mois, au programme de bénévolat « Experience Corps » chez des personnes âgées avec un bas niveau de scolarité et présentant un fonctionnement cognitif faible. Cette recherche a en outre mis en évidence chez les bénévoles un accroissement d’activité cérébrale dans les régions préfrontales gauches ainsi que dans le cortex cingulaire antérieur. Enfin, une étude entreprise par Barron et al. (2009) a montré que la participation au programme « Experience Corps » (15 heures/semaine pendant 4 à 8 mois) conduisait à des effets bénéfiques sur la santé et le statut fonctionnel des personnes âgées (évalués via des questionnaires, ainsi que des tâches de marche et de force de préhension). Ces effets bénéfiques étaient comparables, voire même plus importants, chez les personnes ayant initialement  rapporté un état de santé passable, par rapport à celles ayant décrit au départ un bon ou très bon état de santé. Relevons en outre que la majorité des bénévoles ont réduit leur temps passé devant la télévision. 

 

Plus récemment, dans une étude longitudinale menée auprès de 6’928 adultes, Pillemer et al. (2010) ont examiné si le bénévolat environnemental (en lien avec la pollution, la protection des milieux naturels, etc,) pratiqué durant la cinquantaine avait des effets bénéfiques sur l’activité physique, ainsi que sur la santé physique et mentale 20 ans après. Ils ont également exploré si les effets bénéfiques étaient plus importants pour le bénévolat environnemental que pour d’autres types de bénévolat (en lien avec les enfants, les droits civiques, la religion, l’aide aux personnes défavorisées, etc.). Il faut relever que la majorité des bénévoles environnementaux (81%) pratiquaient aussi un autre type de bénévolat. Plusieurs facteurs possiblement confondants ont été contrôlés : isolement social, maladies chroniques, déficits fonctionnels, âge, genre, niveau scolaire et statut marital. Les résultats montrent un effet positif du bénévolat environnemental et des autres types de bénévolat sur l’activité physique subséquente. De plus, un effet positif sur la dépression et sur l’auto-évaluation de la santé a été observé uniquement pour le bénévolat environnemental.

Cette recherche comporte certaines limites (reconnues par les auteurs) : absence de contrôle de l’évolution du bénévolat dans le temps et de l’engagement plus tardif de ce bénévolat, évaluations peu détaillées de l’activité de bénévolat, impossibilité d’établir des relations causales (design non expérimental), pas d’analyse de l’effet spécifique du bénévolat environnemental (du fait du faible pourcentage de personnes ne pratiquant que cette activité), évaluation trop globale de la santé physique et psychologique (et non prise en compte de dimensions psychologiques spécifiques en lien par exemple avec le sentiment d’utilité, d’identité, de continuité personnelle, etc.). Plus généralement, les mécanismes impliqués dans les effets bénéfiques observés restent à explorer, comme doivent être étudiés les effets bénéfiques possibles sur d’autres dimensions que celles explorées dans ce travail.          

 

En conclusion, on dispose actuellement de données, limitées mais encourageantes, suggérant les effets bénéfiques du bénévolat sur le fonctionnement cognitif, la qualité de vie et l’évaluation de la santé de personnes âgées présentant des degrés divers de problèmes cognitifs et de santé. Ces résultats plaident pour la mise en place d’études visant d’une part à confirmer les effets mis en évidence, à étendre l’exploration de ces effets à d’autres dimensions du fonctionnement des personnes âgées et d’autre part à identifier les facteurs médiateurs et modulateurs de ces effets.

Il s’agit en outre d’envisager l’engagement des personnes âgées dans un travail bénévole, et les bénéfices qu’elles peuvent en tirer, dans un cadre plus large, qui prend en compte le contexte socioéconomique et culturel dans lequel la personne âgée vit sa retraite : son revenu, son état de santé, son milieu de vie, son insertion sociale et culturelle, mais aussi les spécificités masculines et féminines de ce bénévolat (avec les facteurs d’inégalité que cela comporte), ses implications par rapport au travail salarié des plus jeunes, etc.Dans cette perspective, une étude française (Cambois, Laborde & Robine, 2008) a montré que, à 35 ans, les cadres ont une espérance de vie de 6 années de plus que les ouvriers. En outre, les ouvriers passent à la fois moins de temps sans incapacité que les cadres et vivent plus longtemps qu’eux avec des incapacités et des handicaps, ce qui peut bien sûr influer sur les possibilités et la motivation d’engagement des personnes.

 

Il apparaît ainsi que soutenir une autre manière d’aborder le vieillissement, c’est aussi lutter contre les inégalités sociales et s’engager pour un autre type de société ! (voir notre chronique « Optimiser le vieillissement cérébral/cognitif… c’est aussi s’engager pour réduire les inégalités sociales »).

 

tis2Classe verte à l'Ecole Intergénérationnelle © P. Whitehouse


Barron, J.S., Tan, E.J., Song, M., McGill, S., & Fried, L.P. (2009). Potential for intensive volunteering to promote the health of older adults in fair health. Journal of Urban Health, 86, 641-653.  

Boyle, P.A., Buchman, S.B.,, Barnes, LL, & Bennett, D.A. (2010 a). Effect of a purpose in life on rik of incident Alzheimer disease and mild cognitive impairment in community-dwelling older persons. Archives of General Psychiatry, 67, 304-310.

Cambois, E., Laborde, C., & Robine, J.-M. (2008). La « double peine » des ouvriers : plus d’années d’incapacité au sein d’une vie plus courte. Population & Sociétés, 441, 1-4.

Carlsson, M.C., Saczynski, J.S., Rebok, G.W., Seeman, T., Glass, Th. A., McGill, S. et al. (2008). Exploring the effects of an “Everyday” activity program on executive function and memory: Experience Corps. The Gerontologist, 48, 793-601.

Carlsson, M.C., Erikson, K.I., Kramer, A.F., Voss, M.W., Bolea, N., Mielke, M., et al. (2009). Evidence for neurocognitive plasticity in at-risk older adults: The Experience Corps Program. Journal of Gerontology A: Medical Sciences, 12, 1275-1282.

George, D. (2009). Can intergenerational volunteering enhance quality of life for persons with mild to moderate dementia? A mixed methods study. Thèse de doctorat en Anthropologie Médicale, Université d’Oxford, non publiée.

George, D., & Whitehouse, P.J. (2010). Intergenerational volunteering and quality of life for persons with mild-to-moderate dementia: results from a 5-month intervention study in the United States. Journal of the American Geriatrics Society, 58, 796-797.

Pillemer, K., Fuller-Rowell, Th. E., Reid, M.C., & Wells, N.M. (2010). Environmental volunteering and health outcomes over a 20-year period. The Gerontologist, à paraître. 

Whitehouse, P.J., George, D. R., & Whitehouse, C.C. (2010). Gaining wisdom through multiage learning. The story of The Intergenerational School. In C.A. Depp & D.V. Jeste (Eds.), Successful cognitive and emotional aging. Washington D.C.: American Psychiatric Publishing, Inc. (chap. 20).

 

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 22:25

Des éléments fondamentaux pour la qualité de vie des personnes âgées vivant dans une structure d’hébergement à long terme !

Un nombre croissant de personnes s’accordent sur la nécessité d’un changement de culture dans les structures d’hébergement à long terme des personnes âgées (voir notre chronique « Les structures d’hébergement à long terme des personnes âgées : la nécessité d’un changement de culture »). Ce changement suppose notamment d’affronter les trois fléaux qui contribuent de façon importante à la souffrance des personnes âgées, à savoir la solitude, le sentiment d’impuissance et l’ennui.

 

En particulier, une communauté centrée sur la personne âgée devrait permettre, comme antidote à la solitude, un accès aisé et continu à la compagnie affectueuse d’autres personnes, y compris des enfants.

Elle devrait aussi, en tant qu’antidote au sentiment d’impuissance, offrir l’opportunité de donner autant que de recevoir des soins et, plus largement, de faire des choses auxquelles on trouve un sens.

Elle devrait enfin, comme antidote à l’ennui, imprégner la vie quotidienne de variété et de spontanéité en  créant un environnement dans lequel des interactions et des événements imprévisibles et inattendus peuvent se produire (voir l’Eden Alternative [lien]).  


L’importance du soutien social sur la qualité de vie en lien avec la santé a été explorée dans une étude réalisée en Norvège auprès de résidents de structures d’hébergement à long terme (Drageset et al., 2009). Cette étude a porté sur 227 personnes âgées de plus de 65 ans issues de 30 structures d’hébergement à long terme de Bergen, capables de mener une conversation, résidant dans l’établissement depuis au moins 6 mois et ne présentant pas de troubles cognitifs significatifs (CDR=0 ou 0.5).

Plusieurs facteurs ont été évalués durant des entretiens en face à face. Tout d’abord, le soutien social a été évalué au moyen d’un questionnaire explorant 4 dimensions :

* l’attachement (présence de relations avec des personnes auprès desquelles on acquiert un sentiment de sécurité),

* l’intégration sociale (un réseau social au sein duquel la personne âgée partage des préoccupations et des intérêts communs),

* le fait d’être assuré de sa valeur personnelle (un sentiment de compétence et d’estime de soi), et

* la possibilité de s’occuper d’autrui.

Une question évaluant le sentiment de cohérence a également été administrée : il s’agissait, pour la personne, d’évaluer dans quelle mesure elle avait le sentiment de comprendre le monde dans lequel elle vivait, de pouvoir gérer les situations auxquelles elle était confrontée et de leur donner un sens. De plus, les participants étaient soumis à un questionnaire évaluant la qualité de vie en lien avec la santé : fonctionnement physique, santé générale, santé mentale, douleurs physiques, restrictions des rôles du fait de problèmes physiques ou de problèmes émotionnels, fonctionnement social, vitalité, et changements dans l’état de santé générale dans la dernière année. Enfin, un indice de comorbidité a été établi à partir de la présence de 18 diagnostics médicaux et l’influence possible de ce facteur dans les associations observées a été contrôlée.

 

Les résultats montrent que le niveau d’attachement est en lien avec l’évaluation de la qualité de la santé mentale, que le niveau d’assurance concernant sa valeur (sentiment de compétence et d’estime de soi) est en lien avec l’évaluation de la vitalité et que la possibilité de s’occuper d’autrui est associée à l’évaluation du fonctionnement social, et ce après avoir pris en compte diverses variables sociodémographiques (âge, genre, statut marital, niveau scolaire), ainsi que l’indice de comorbidité.

Par ailleurs, quand l’analyse inclut le sentiment de cohérence, les liens entre possibilité de s’occuper d’autrui et fonctionnement social, ainsi que ceux entre assurance concernant sa valeur et vitalité subsistent. Aucune interaction entre les dimensions du soutien social et le sentiment de cohérence n’est observée, mais le sentiment de cohérence affecte toutes les dimensions de l’évaluation de la qualité de vie en lien avec la santé.

 

En résumé, au plan du soutien social, ces données confirment que la présence de relations privilégiées avec certaines personnes (auprès desquelles on se sent en sécurité) et la possibilité de s’occuper d’autres personnes constituent des éléments importants pour la qualité de vie des résidants dans des structures d’hébergement à long terme. Ces structures et les intervenants dans ces structures devraient dès lors favoriser ces dimensions du soutien social.

De même, il s’agirait de prendre en compte l’estime de soi et le sentiment de compétence des personnes âgées, de les maintenir ou les renforcer, notamment en donnant à ces personnes la possibilité d’influer sur les choix dans l’institution et d’utiliser leurs propres ressources et expertises dans les activités de la vie quotidienne, ainsi qu'en respectant leurs attitudes et valeurs dans les décisions à prendre.

En ce qui concerne l’influence du sentiment de cohérence, les auteurs reconnaissent que leur échantillon de personnes âgées était peut-être trop restreint pour mettre en évidence une interaction entre cette dimension et les facettes du soutien social.

 

D’autres données vont dans le sens de celles obtenues par Drageset et al. Ainsi, par exemple, le manque de soutien social et le sentiment de solitude constituent des facteurs contribuant de façon significative (avec d’autres facteurs comme les limitations fonctionnelles et les événements de vie négatifs, l’inadéquation perçue des soins, les accidents vasculaires cérébraux, la douleur, les troubles visuels) à la dépression, dont la prévalence est très élevée dans les structures d’hébergement à long terme pour personnes âgées (Jongelis et al., 2004). Par ailleurs, une étude menée auprès de personnes vivant dans la communauté a montré que la souffrance psychologique ressentie par les personnes âgées du fait de leurs limitations dans la réalisation d’activités de la vie quotidienne était significativement moins importante chez les personnes ayant la perception de pouvoir disposer du soutien d’un réseau social (Bierman & Stadland, 2010).

 

Une étude du type de celle menée par Drageset et al. devrait aussi être menée auprès de personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique, avec une méthodologie adaptée. Il n’y a cependant pas, a priori, de raisons fondamentales pour considérer que les associations observées par Drageset et al, ne se retrouveraient dans cette population, même si d’autres relations pourraient apparaître, notamment en lien avec le sentiment de cohérence.

 

Dans l’ensemble, ces résultats plaident en faveur de la mise en place d’un cadre conceptuel et de projets d’intervention visant à optimiser les interactions sociales dans les structures d’hébergement à long terme. Cette réflexion devrait également intégrer la dimension de relations intergénérationnelles. Nous reviendrons sur ces questions dans une chronique future. 

 

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Bierma, A., & Statland, D. (2010). Timing, social support, and the effects of physical limitations on psychological distress in late life. Journal of Gerontology: Social Sciences, 65B, 631-639.

Drageset, J., Eide, E.G., Nygaard, H.A., Bondevik, M., Nortved, M.N., & Natvig, G.K. (2009). The impact of social support and sense of coherence on health-related quality of life among nursing home residents. A questionnaire survey in Bergen, Norway. International Journal of Nursing Studies, 46, 66-76.

Jongenelis, K., Pot, A.M., Eisses, A.M.H., Beekman, A.T.F., Kluiter, H., & Ribbe, M.W. (2004). Prevalence and risk indicators of depression in elderly nursing home patients: the AGED study. Journal of Affective Disorders, 83, 135-142.

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 23:52

Des interprétations simplificatrices et pathologisantes

De nombreuses recherches ont montré que la pratique plus fréquente d’activités cognitives chez les personnes âgées conduisait à un risque réduit de déclin cognitif et de « démence » (voir, par ex., Wilson et al., 2007). Ces données suggèrent que les activités cognitives puissent, dans une certaine mesure, protéger contre le vieillissement cognitif problématique. Cet effet protecteur serait lié à la présence d’une réserve cérébrale/cognitive, qui fait que, à niveau équivalent de « pathologie cérébrale », les personnes âgées actives manifesteraient moins de déficits cognitifs.

 

Wilson et al. (2010) ont récemment proposé qu’une manière de tester cette hypothèse soit d’examiner le devenir de personnes âgées cognitivement actives une fois qu’un diagnostic de « démence » a été posé et que l’effet protecteur des activités cognitives est apparemment perdu ou grandement diminué.  En effet, si la pratique fréquente d’activités cognitives avant la « démence » protège réellement d’un vieillissement cognitif problématique en permettant au cerveau de tolérer plus de changements pathologiques, les personnes avec un haut niveau d’activité cognitive devraient avoir, au moment de l’installation de la « démence », une charge pathologique cérébrale plus élevée que les personnes ayant un bas niveau d’activités cognitives. Ceci aurait alors pour conséquence de comprimer de façon importante la période de vie avec « démence », du fait que l’installation de la « démence » serait différée et que sa progression serait plus rapide.

 

C’est précisément cette idée qu’ont exploré Wilson et al. (2010). Ces auteurs ont, dans un premier temps, évalué chez 1’157 personnes âgées de 65 ans et plus, issues de la communauté et sans « démence », la fréquence avec laquelle elles pratiquaient des activités cognitives dites stimulantes. Ces activités concernaient les domaines suivants : regarder la télévision, écouter la radio, lire des journaux, lire des magazines, lire des livres, jouer à des jeux (comme des jeux de cartes, des mots croisés, des jeux de dames, etc.) et aller au musée. La pratique de ces activités était évaluée sur une échelle à 5 niveaux : chaque jour ou presque, plusieurs fois par semaine, plusieurs fois par mois, plusieurs fois par an, une fois par an ou moins. Les évaluations pour les différentes activités ont été combinées pour élaborer une mesure composite de fréquence de pratique d’activités cognitives stimulantes.

 

Par la suite, les participants ont été régulièrement évalués cliniquement et classés (en moyenne 5.6 ans après l’évaluation initiale) comme n’ayant pas de trouble cognitif (614 personnes), ayant des troubles cognitifs légers (« Mild Cognitive Impairment » ou MCI ; 395 personnes) ou ayant une « maladie d’Alzheimer » (148 personnes). Une fois le diagnostic posé, ils ont à nouveau été suivis au plan cognitif, à des intervalles de 3 ans (durant une période moyenne de 5.7 ans). Pour ce faire, les auteurs ont utilisé une brève batterie de 4 tests cognitifs (rappel de récit, association chiffre/symbole, vitesse perceptive et MMSE). Une analyse factorielle antérieure ayant montré que les performances à ces 4 tests correspondaient à un seul facteur, un score composite a été utilisé dans les analyses.

 

Les résultats montrent que, chez les personnes sans trouble cognitif, le taux annuel de déclin cognitif est réduit de 52% pour chaque point supplémentaire à l’échelle d’évaluation de la fréquence des activités cognitives. Chez les personnes avec un trouble cognitif léger (MCI), le taux de déclin cognitif n’est pas relié à la fréquence des activités cognitives. Par contre, chez les personnes ayant reçu le diagnostic de « maladie d’Alzheimer », le taux moyen annuel de déclin cognitif augmente de 42% pour chaque point supplémentaire à l’échelle d’évaluation de la fréquence des activités cognitives.

 

Selon les auteurs, ces données suggèrent que l’activité cognitive augmente la capacité du cerveau à maintenir un fonctionnement cognitif relativement normal en dépit de l’accumulation d’une charge légère à modérée d’éléments neuropathologiques, peut être du fait de changements dans la fonction et la structure des systèmes neuronaux sous-tendant le fonctionnement cognitif. Cette protection est évidemment limitée, car les personnes qui pratiquent plus fréquemment des activités cognitives développent néanmoins une « démence ». Enfin, les résultats semblent appuyer l’idée selon laquelle, au moment du diagnostic de « démence », les personnes actives ont davantage d’éléments pathologiques et déclinent dès lors plus rapidement que les personnes moins actives, ce qui réduirait leur période vécue de « démence ».     

 

Ces données semblent donc confirmer l’importance qu’il y a, pour les personnes âgées, à mettre en place des activités cognitives stimulantes, avant que ne se développent des problèmes cognitifs significatifs (c’est-à-dire en tant que mesure de prévention). Par ailleurs, l’accélération des problèmes cognitifs chez les personnes âgées actives, une fois que le diagnostic de « démence » a été posé, a été interprétée par certains comme un élément « positif », en considérant que « Ce n’est pas une mauvaise chose d’avoir plus de bonnes années à vivre et moins de mauvaises ! » (commentaire de Yaakov Stern du Columbia University Medical Center, à New York, repris dans Discovery News :  http://news.discovery.com/human/brain-exercises-dementia.html#mkcpgn=rssnws1).

 

Au-delà des effets d’annonce et des titres accrocheurs indiquant notamment que la stimulation cognitive accélère la progression de la démence, il s’agit d’examiner de plus près les résultats de cette étude et leurs interprétations.

 

On peut tout d’abord s’interroger sur le caractère réellement « stimulant » des activités qui ont été évaluées ou en tout cas de la plupart d’entre-elles. En effet, le fait de regarder fréquemment (même tous les jours) la télévision, d’écouter la radio, de lire le journal, de faire des mots croisés, de jouer aux cartes, voire même d’aller au musée, peut parfaitement constituer une activité routinière, automatique, selon le contenu de ces activités ou la manière dont elles sont réalisées. Il a d’ailleurs été montré que le fait de regarder la télévision était associé à un risque accru de déclin cognitif (voir les éditoriaux de Rundek & Bennett, 2006 ; Verghese, 2006). On peut donc s’interroger sur l’existence possible de facteurs confondants pouvant rendre compte de cette association entre activités cognitives et risque retardé de développement de problèmes cognitifs, et en particulier le niveau socioculturel et socioéconomique, avec l’ensemble des caractéristiques du style de vie (comme, par ex., le régime alimentaire, l’accès aux soins de santé, le réseau social, etc.) qui y sont associées. Dans une étude précédente, Wilson et al. (2007) ont montré que cette association entre activités cognitives et déclin cognitif se maintenait, même quand étaient pris en compte des indicateurs du niveau socioéconomique. Cependant, ces indicateurs étaient peu détaillés et concernaient essentiellement le statut socioéconomique du début de la vie. Or, il apparaît indispensable d’explorer l’influence du statut socioéconomique et de la vulnérabilité sociale, en prenant en compte la complexité des dimensions en jeu dans cette influence, et ce tout au long de la vie (voir notre chronique « Optimiser le vieillissement cérébral/cognitif…c’est aussi s’engager pour réduire les inégalités sociales »).

 

Un autre point qui pose question dans cette étude concerne l’interprétation essentiellement neuropathologique (à savoir un degré plus élevé de pathologie) du déclin cognitif accéléré, observé à partir du diagnostic de démence, chez les personnes âgées montrant un niveau élevé d’activités cognitives. Tout d’abord il faut relever qu’il s’agit d’une interprétation indirecte, non fondée sur des observations neuropathologiques. De plus, ce déclin plus rapide pourrait recevoir d’autres types d’interprétation, en prenant en compte des facteurs psychologiques. Ainsi, par exemple, il se pourrait que les personnes ayant un niveau élevé d’activités cognitives réagissent particulièrement mal à la survenue de difficultés cognitives, ainsi qu’à leur impact sur la réalisation des activités cognitives, et que ces réactions psychologiques négatives (sous forme de dépression, d'isolement, d’image négative de soi, de ruminations, d’inquiétudes, etc.) contribuent à l’aggravation plus rapide du déclin cognitif (essentiellement évalué par un score composite, reflétant vraisemblablement des processus d’attention contrôlée et/ou la vitesse de traitement). Il faut par ailleurs relever que les auteurs interprètent l’absence d’effet de la fréquence d’activités cognitives chez les personnes présentant un MCI en indiquant que ces personnes auraient déjà des niveaux importants de pathologie cérébrale (de type Alzheimer) et donc que l’effet protecteur ne pourrait pas s’exprimer. Une autre interprétation, plus plausible à notre sens, est que les difficultés cognitives des personnes ayant un MCI sont sous-tendues par des facteurs multiples (y compris psychologiques ; voir notre chronique « Pour en finir avec le diagnostic catégoriel de MCI »). Il faut d’ailleurs relever le nombre très important de personnes participant à l’étude ayant reçu le diagnostic de MCI (plus du tiers d’entre elles), ce qui traduit vraisemblablement la multiplicité des facteurs influençant la performance aux tâches qui ont conduit à ce diagnostic.

 

Il est un dernier point que nous souhaiterions aborder. Nous avons vu que la compression de la période vécue de « démence » chez les personnes âgées actives (liée au fait que le développement des difficultés cognitives était retardé et le déclin cognitif en « période de démence » était accéléré) était considérée par certains comme une bonne chose. Ce constat s’inscrit bien dans une approche biomédicale, selon laquelle le vieillissement cérébral/cognitif est décrit en termes de « maladie de fin de vie », et où l’accent est mis sur les aspects catastrophiques, dont il est bon d’échapper au plus vite, soit naturellement (via une « accélération du déclin »), soit via un hypothétique traitement biomédical.

 

Il ne s’agit pas ici de nier que le vieillissement cérébral/cognitif, dans son évolution, peut conduire à des problèmes importants, qui peuvent perturber profondément la vie quotidienne et l’autonomie des personnes et provoquer beaucoup de souffrance et de difficultés, chez elles comme chez leurs proches. Cependant, plutôt que d’attribuer ces difficultés à des « maladies neurodégénératives spécifiques », dont la caractérisation semble nous échapper chaque jour un peu plus, on peut les envisager comme faisant intégralement partie de l’aventure humaine. En effet, le cerveau vieillit, comme les articulations, la peau, la vue, l’ouïe… et ce vieillissement du cerveau s’accompagne inévitablement d’un déclin des fonctions cognitives. Par ailleurs, même si des mesures de prévention sont à même de réduire le risque de vieillissement cérébral/cognitif problématique (de « démence ») à un âge donné, cette réduction conduira à une extension ultérieure de la vie, et donc le risque cumulatif de développer des difficultés cognitives importantes restera élevé, même pour des populations à risque plus faible à certains âges (Brayne et al., 2006). En d’autres termes, le vieillissement de la population amènera à un accroissement du nombre de personnes qui mourront avec des troubles cognitifs importants, même en présence de programmes préventifs. Par ailleurs, il apparaît que le caractère plus ou moins problématique des expressions du vieillissement cérébral/cognitif dépend de nombreux facteurs intervenant tout au long de la vie, et notamment des conditions et contextes d’hébergement, d’accompagnement et de soin offerts aux personnes âgées « démentes » (voir, par ex., notre chronique « Des études anciennes mais qui gardent toute leur pertinence… L’importance du sentiment de contrôle de son existence »).

 

Dans ce contexte, le défi auquel nous sommes confrontés est de mettre en place les conditions et les structures sociales, qui permettent aux personnes âgées « démentes », selon leurs besoins et souhaits individuels, de vivre en étant reconnues dans leur identité, en conservant un sentiment de contrôle et de responsabilité sur les événements quotidiens, en ayant des contacts proches et continus avec les enfants, les plantes, les animaux et plus largement la société, en bénéficiant d’un environnement dans lequel se produisent des interactions et des événements imprévisibles et inattendus, en pratiquant des activités quotidiennes qui ont un sens (et aussi qui favorisent l’engagement social) et en profitant d’une démarche de soin globale prenant en compte les buts, les aspirations, les valeurs, la signification. C'est également dans cette perspective que l'on devrait envisager des interventions cognitives individualisées, ancrées dans le milieu de vie des personnes et focalisées sur les activités de vie quotidienne (voir nos chroniques « Un programme d'action participatif et communautaire... » et « L'efficacité clinique de la revalidation cognitive individualisée...  »).

 

En conclusion, notre analyse de l’étude de Wilson et al. (2010) ne vise pas à contester tout rôle aux activités dites cognitives dans la modulation du déclin cognitif. En fait, nous avons voulu montrer en quoi cette question doit être abordée, non pas dans le cadre étroit de la « stimulation cognitive » et de ses éventuels effets sur « la structure et le fonctionnement du cerveau », mais dans un contexte plus large qui prend en compte le sentiment d’identité, le sens de la vie, les interactions sociales et l’appartenance à une communauté, l’engagement social, etc.  

 

Nous avons également souhaité nous démarquer d’une conception strictement neuropathologisante du vieillissement cérébral en indiquant que le vieillissement du cerveau, dans ses manifestations plus ou moins problématiques, fait intégralement partie de la condition humaine et que, à ce titre, nous nous devons de concevoir une société dans laquelle la finitude et la fragilité ont toute leur place. Il ne s’agit pas de rejeter la contribution éventuelle de la recherche médicale et pharmacologique à l’atténuation des manifestations problématiques du vieillissement cérébral, mais de plaider pour une recherche qui envisage la complexité des processus (y compris des processus biologiques) impliqués et qui, dès lors, n’entretient pas l’illusion du « traitement miracle ».  


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Brayne, C., Gao, L., Dewey, M., Matthews, F.E., Medical Research Council Cognitive Function and Aging Study Investigators (2006). Dementia before death in ageing societies. The promise of prevention and the reality. PLoS Medicine, 3, 1922-1929.

Rundek, T., & Bennett, D.A. (2006). Cognitive leisure activities, but not watching TV, for future brain benefits. Neurology, 66, 794-795.

Verghese, J. (2006). To view or not to view: Television and mental health. Southern Medical Journal, 99, 202.

Wilson, R.S., Barnes, L.L., Aggarwal, N.T., Boyle, P.A., Hebert, L.E., Mendes de Leon, C.F., et al. (2010). Cognitive activity and the cognitive morbidity of Alzheimer disease. Neurology, à paraître.

Wilson, R.S., Scherr, P.A., Schneider, J.A., Tang, Y., & Bennett, D.A. (2007). Relation of cognitive activity to risk of developing Alzheimer disease. Neurology, 69, 1911-1920.

 

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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 23:22

On considère généralement que le fait de passer en revue sa vie passée et d’élaborer un livre de vie pourrait avoir des effets positifs chez les personnes âgées, et notamment celles présentant un vieillissement problématique (voir l’ouvrage « Le mythe de la maladie d’Alzheimer », pp. 329-334 ; voir également notre chronique « Le livre de vie : Exploiter la technologie vidéo digitale »). Cependant, les rares études ayant abordé cette question chez les personnes ayant reçu un diagnostic de « démence » ne permettent pas d’aboutir à des conclusions claires quant à l’efficacité de ce type d’intervention (Woods et al., 2005).

Morgan et Woods (2010) ont réalisé une étude randomisée contrôlée préliminaire (sur des groupes restreints) visant à évaluer les effets d’une revue de sa vie passée (« life review ») et de l’élaboration d’un livre d’histoire de vie sur l’état d’humeur et la mémoire autobiographique de personnes présentant une « démence légère à modérée » et récemment admises dans une structure d’hébergement à long terme.

La procédure de revue de vie utilisée était proche de celle proposée dans le « Life Review and Experiencing Form » développé par Haight (1992). Cette procédure permet de guider chronologiquement la personne afin qu’elle se focalise (à partir de questions) sur ses différentes périodes de vie (enfance, adolescence, âge adulte). De plus, une section de synthèse a pour but d’amener la personne à effectuer une évaluation globale de sa vie. Cette revue de vie a nécessité au minimum 12 sessions hebdomadaires de 30 à 60 minutes (notons que le processus s’est avéré plus long que prévu). Divers types d’incitations ont été utilisés pour aider les personnes à s’engager dans le processus et certaines d’entre elles ont bénéficié de l’aide de photographies ou d’autres types de matériels. Enfin, les informations fournies lors des différentes sessions ont été utilisées pour composer un livre d’histoire de vie dont le contenu final était sous le contrôle des personnes âgées.

Les participants (17 personnes) ont été attribués aléatoirement au groupe « revue de vie » (8 personnes ; âge moyen : 80.5 ans) et au groupe « traitement habituel » (9 personnes ; âge moyen : 84.4 ans). Il faut relever que 11 personnes potentiellement sélectionnables n’ont pas été impliquées dans l’étude, car elles ont refusé de participer ou parce qu’un proche n’a pas marqué son accord. Les deux groupes ne différaient ni en termes de sévérité de la « démence » tout au long de l’étude (CDR) ni au niveau de caractéristiques sociodémographiques.

Des évaluations pré- et post- intervention ont été menées dans les deux groupes, ainsi qu’un suivi à six semaines. Deux dimensions principales ont été évaluées : la dépression (« Geriatric Depression Scale-Short Form ») et la mémoire autobiographique (« Autobiographic Memory Interview, AMI » ; Kopelman, Wilson & Baddeley, 1990). L’interview autobiographique AMI comporte deux parties : une partie sémantique, dans laquelle la personne doit rappeler des faits généraux concernant son enfance, le début de sa vie adulte et sa vie adulte plus récente, et une partie épisodique, dans laquelle la personne doit récupérer des épisodes spécifiques pour les mêmes périodes de vie. Les deux groupes de personnes ne différaient pas lors de l’évaluation pré-intervention dans le score de dépression et la partie sémantique de l’AMI ; par contre, les personnes du groupe de contrôle rappelaient moins d’épisodes que celles du groupe « revue de vie » dans la partie épisodique. Il faut relever que seule la moitié des évaluations a été menée par une personne non informée de l’attribution des personnes aux deux groupes.

Les résultats quantitatifs de cette étude montrent tout d’abord une diminution globale du score de dépression dans le groupe « revue de vie », avec une réduction particulièrement importante lors du suivi à 6 semaines (baisse de 50%).  Par contre, aucun changement significatif n’est observé dans le groupe de contrôle (avec néanmoins une augmentation non significative du score de dépression lors du suivi). Le fait que l’amélioration de l’état d’humeur s’est poursuivie 6 semaines après la fin de l’intervention suggère que l’effet bénéfique observé n’est pas simplement la conséquence du contact social supplémentaire vécu par les personnes du groupe « revue de vie ».

En ce qui concerne la mémoire autobiographique, le rappel de faits généraux augmente de façon tendancielle dans le groupe « revue de vie » lors de l’évaluation post-intervention, puis se stabilise lors du suivi. On constate par contre une chute globale des performances dans le groupe de contrôle. Une différence significative entre les deux groupes, en faveur du groupe « revue de vie », est ainsi observée lors du suivi. Aucun changement significatif n’est cependant observé dans le rappel d’épisodes autobiographiques.

Même si ces résultats, obtenus sur des groupes de taille limitée, sont relativement modestes et que les évaluations n’ont pas toutes été menées par un évaluateur non informé de l’appartenance des personnes aux deux groupes, ils constituent néanmoins un encouragement à poursuivre et à amplifier l’exploration des effets de la revue de vie et du livre d’histoire de vie chez les personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique (une « démence légère ou modérée »).

Les auteurs présentent par ailleurs, de façon détaillée, deux vignettes cliniques visant à illustrer le processus de revue de vie, les réactions des personnes et les évaluations obtenues. Enfin, à partir de leur expérience, ils proposent un certain nombre de réflexions cliniques pouvant nourrir les interventions futures et qu’il nous paraît important de rapporter. 

Commentaires cliniques des auteurs

Tout d’abord, ils mentionnent la difficulté qu’ils ont eue à recruter des participants. Selon eux, cette difficulté peut être liée au fait que l’admission dans une structure d’hébergement à long terme implique une perte des repères physiques, ce qui peut conduire à rigidifier les repères et les limites psychosociales. Cela peut ainsi amener à un refus de partager ses expériences, de peur de devenir vulnérable. Autrement dit, les personnes préfèrent ne pas développer de relations, afin de se protéger. Il peut y avoir également une certaine anxiété à l’idée d’exposer ses difficultés de mémoire. Certaines personnes peuvent par ailleurs être dans le déni de leurs difficultés mnésiques. Dans ce contexte, il faut considérer s’il est préférable de dénier le passé et les problèmes de mémoire plutôt que d’entamer une revue de vie qui va défier ce mécanisme de défense. Si la personne souhaite s’engager dans ce processus de revue de vie, il est nécessaire de lui permettre d’avoir accès à d’autres mécanismes de défense ou à d'autres stratégies d’adaptation (de coping).

 Le « Life Review and Experiencing Form » semble constituer un cadre utile sur lequel baser une intervention de revue de vie. Les auteurs considèrent cependant qu’il est nécessaire de développer une approche individualisée, adaptée aux capacités cognitives des personnes, à leurs besoins émotionnels, à leurs préférences, ainsi qu’à leurs stratégies adaptatives. Ceci est particulièrement vrai pour les personnes qui souhaitent discuter plus longtemps que prévu d’une période de vie particulière. Ainsi, certaines personnes ruminent sur et se confrontent à des questions de perte ou de décès : ces questions devront être abordées dans les sessions, avant de parler d’autres expériences ou périodes de vie. Cependant, aborder des événements de vie négatifs, avec les affects négatifs qui en découlent, peut aboutir à l’abandon du participant. Ces affects négatifs pourraient aussi devenir intolérables et la personne pourrait être incapable de s’y adapter. Le danger est alors que cette personne se retrouve seule, confrontée à un sentiment envahissant de confusion et de tristesse, sans avoir la capacité cognitive de comprendre pourquoi ce sentiment s’est développé, ce qui l’empêcherait ainsi de trouver une solution.

Certaines personnes peuvent aussi avoir des difficultés à s’adapter à la comparaison entre leur identité (self) antérieure et leur situation actuelle. Il faut encore envisager le fait que récupérer des souvenirs passés puisse être traumatique pour des personnes qui ont vécu une enfance ou des expériences de vie difficiles. Ainsi, selon les auteurs, la revue de vie est, possiblement, seulement appropriée aux personnes qui le demandent ou qui la pratiquent spontanément. De plus, l’intervention doit être taillée sur mesure en fonction de la personne, en l’ayant préparée et en l’ayant informée des implications possibles. Un bon soutien social préalable, ainsi qu’une réflexion sur des stratégies adaptatives à proposer éventuellement à la personne, sont également essentiels.

Les auteurs considèrent que le livre d’histoire de vie s’est avéré utile pour obtenir un sentiment de continuité entre les sessions. Certains participants ont également expliqué qu’ils se sentaient écoutés et semblaient apprécier le fait de voir leur histoire de vie imprimée. Notons qu’une personne a nourri des inquiétudes concernant la quantité d’informations accumulées par le chercheur et se demandait comment celui-ci les avaient obtenues, ne se rappelant plus avoir parlé avec lui. Une autre personne a été troublée par certains détails présents dans le livre et a exprimé de la frustration de ne pas être capable de se souvenir par elle-même de comment les choses étaient réellement. Une plus grande implication des proches aurait pu être utile pour enlever un peu de la pression exercée sur la propre mémoire de cette personne. Sur les 8 personnes, la plupart ont apprécié le livre d’histoire de vie, même si elles ont aussi trouvé que la création de ce livre, et la revue de vie elle-même, étaient difficiles. Les personnes qui doutaient de la qualité de leurs réalisations ont été encouragées à montrer leur livre de vie à des membres de leur famille et elles ont été surprises des réponses positives qu’elles ont reçues. Plus généralement, l’intérêt des membres de la famille pour ce livre a été largement positif, ainsi d’ailleurs que celui des membres du personnel qui ont décrit combien ils étaient surpris de ce dont pouvaient se souvenir les personnes et de tout ce qu’elles avaient fait dans leur vie. 

Enfin, les auteurs mentionnent combien le fait de terminer les sessions de revue de vie peut être difficile, la personne se retrouvant seule, en ayant perdu la relation thérapeutique et en étant confrontée aux deuils, pertes et difficultés cognitives. Certaines personnes peuvent même s’attribuer l’origine de l’interruption des sessions, du fait que la fin chronologique naturelle du processus n’est pas bien perçue. Il s’agit donc d’expliciter clairement la longueur de l’intervention. Il peut également être utile de faciliter le développement de nouvelles relations au sein de la structure d’hébergement, ou d’impliquer plus activement un membre de la famille dans le processus.


livre_de_vie.jpg

Haight, B.K. (1992). The structured life-review process: a community approach to the ageing client. In G.M.M. Jones and B.M.L. Miesen (Eds.), Care-giving in dementia (pp.272-292). London: Routledge.

Morgan, S., & Woods, R.T. (2010). Life review with people with dementia in care homes: A preliminary randomized controlled trial. Non-Pharmacological Therapies in Dementia, à paraître.

Woods, B., Spector, A., Jones, C., Orrell, M., & Davies, S. (2005). Reminiscence therapy for people with dementia (review). The Cochrane DataBase of Systematic Reviews. Chichester: Wiley.

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